CHAN 2025 : anatomie d'un CAFouillage

Par Nassim El Kerf

Il y a un an, on vivait des Jeux olympiques, avec leur planning millimétré, des fan-zones climatisées, un déroulé clair mettant le sport à l’honneur. Un an plus tard, quasiment jour pour jour, on a droit au Championnat d’Afrique des nations 2025, ou 2024, choisissez l’intitulé. On ne sait plus vraiment, tant cette compétition, cousine éloignée et mal peignée de la CAN, a débarqué sans invitation officielle, en plein mois d’août, privant les équipes africaines locales de leurs meilleurs joueurs, lors d’un moment aussi sensible que la pré-saison estivale.

Le CHAN, à défaut de se tenir au bon moment, dans de bonnes conditions, avec le bon nombre d’équipes, a au moins réussi une chose : rappeler que dans le football africain, le chaos est presque une tradition institutionnelle. Vous pouvez estimer que j’ai la dent trop dure envers une compétition exclusivement dédiée aux joueurs locaux afin de leur permettre de briller, mais permettez-moi de vous raconter une histoire. Celle d’un énième cafouillage de Dame CAF.

À trois mois de l’événement, personne ne savait exactement qui allait jouer où, contre qui, ni dans quel stade. On aurait pu croire à un escape game

Nassim El Kerf

D’abord, il y a eu le flou artistique autour des dates. Initialement prévue en 2024 sur les magnifiques terres du trio Kenya-Tanzanie-Ouganda, la compétition a été repoussée au mois d’août 2025. Cette co-organisation a des airs de rêve panafricain en slow-mo. Les trois pays ont promis des stades rénovés, des transports fluides pour janvier. Avant de se voir accorder un délai de 7 mois pour mieux faire. On invoque des travaux et des infrastructures à terminer, des retards logistiques. On oublie de dire qu’à trois mois de l’événement, personne ne savait exactement qui allait jouer où, contre qui, ni dans quel stade. On aurait presque cru à un escape game. “Découvrez vos adversaires en grattant un mur, avec un peu de chance, il vous mènera à Zanzibar”. Ou encore :  “Faites preuve de patience et d’intelligence pour déchiffrer l’énigme de la compétition à 19 nations”.

Car la CAF a inventé le groupe à 5. Quatre groupes pour 19 équipes. Oui, dix-neuf. Pas 16, pas 20, non. Une hérésie, probablement validée sur un coin de nappe lors d’un déjeuner. Le Maroc, logé dans le groupe A, va devoir jouer 4 matchs (Angola, Kenya, Zambie et RDC) pendant que le groupe D n’en propose que 3 à ses membres. On aura juste un petit match en plus dans les jambes, joué en altitude, à Nairobi. Quelqu’un a dit “équité sportive” ?

La CAF, c’est aussi l’unique confédération capable de reporter, seulement 15 jours avant la date prévue, une compétition censée se tenir en février pour la programmer sept mois plus tard. Vous tenez le rythme ? Entre les invitations envoyées aux équipes sans même savoir quels stades seraient finalisés, les conférences de presse improvisées à la dernière minute, et une communication digne du compte d’un troll sur X, on nage dans l’amateurisme assumé. Du coup, la direction technique des Lions, vainqueurs du CHAN en 2018 et 2021, avait prévu de jouer la compétition avec les plus jeunes joueurs, nés en 2000 ou après. Mais suite au décalage, et à deux mercatos, Tarik Sektioui a dû revoir ses plans pour finalement convoquer des joueurs plus âgés, confirmés, capables de briller même en cas de désorganisation extrême.

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Certes, le CHAN reste une belle idée, qui mérite mieux. Censé valoriser les joueurs locaux, offrir une vitrine à ceux qui n’évoluent pas en Europe et qui n’ont pas la chance de jouer les CAN, ce tournoi a perdu en clarté ce qu’il prétendait gagner en visibilité. Les clubs rechignent à libérer leurs cadres, le timing est sportivement incompréhensible, et les horaires des matchs (16h, 13h, 15h et 13h pour les matchs de nos Lions) font grimacer. Tout bien pesé, le CHAN pourrait sans mal laisser place à une Nations League africaine, qui se jouerait tout au long de la saison, avec un quota obligatoire de joueurs locaux. Pour l’instant, à faire du forcing avec le CHAN, la CAF transforme un tournoi déjà fantôme… en tournoi fantoche.

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