Smyet bak ?
Younes.
Smyet mok ?
Lamia.
Nimirou d’la carte ?
Je ne sais même pas où est ma carte marocaine.
Votre nom d’artiste “Tilila” signifie “liberté”. Mais quand on écoute votre musique, on se demande si vous vous êtes vraiment libérée des diktats de la musique occidentale ?
“Ce que les gens ne savent pas forcément, c’est qu’il y aura une chanson en arabe dans l’album, où les sonorités marocaines et nord-africaines seront bien plus présentes”
Ce que les gens ne savent pas forcément, c’est qu’il y aura une chanson en arabe dans l’album, où les sonorités marocaines et nord-africaines seront bien plus présentes. Mais dans ma première chanson, j’ai voulu poser les bases : glisser un peu de toutes mes origines. Certes, j’ai grandi au Maroc mais dans un environnement presque européen. Chez moi, on parlait français. Je voulais que cet album reflète ce que je suis dans la vraie vie.
Le Maroc d’aujourd’hui est un pays où l’on passe naturellement d’une langue à l’autre, où l’anglais prend de plus en plus de place. J’ai grandi avec ça, je parle anglais avec mes amis au Maroc. Je veux porter cette image d’un Maroc moderne, ouvert, plurilingue…
Je suis profondément fière de mes origines. Mais je ne veux pas chanter en arabe juste parce que c’est tendance ou attendu. J’ai envie de rester fidèle à moi-même. Chanter en arabe, c’est un vrai défi – que j’ai d’ailleurs déjà relevé – car j’ai beaucoup plus de facilité à écrire en anglais ou en français. Toute ma vie, on m’a demandé pourquoi je ne prenais pas ma place au Maroc, pourquoi je ne chantais pas les classiques ou les légendes locales. Mais pour moi, je n’étais pas légitime. J’ai toujours parlé en français, en anglais. Bien sûr que j’ai appris l’arabe, que j’ai grandi avec. Et bien sûr que je représente le Maroc. Mais peut-être que je le fais d’une manière qui, parfois, se traduit moins facilement.
Depuis le début, mon envie n’a jamais été de devenir “la star de chez moi”, mais d’emmener le Maroc avec moi, de le faire rayonner ailleurs. C’est mon moteur.
Espagne, Suisse, France, États-Unis… est-ce qu’on doit forcément quitter le Maroc pour trouver l’inspiration ?
Dans mon cas, absolument ! J’ai besoin de partir, de quitter régulièrement l’endroit où je me trouve. Si je reste trop longtemps au même endroit, quelque chose s’éteint en moi. L’inspiration s’érode, sans que je sache vraiment pourquoi.
C’est en découvrant d’autres cultures que l’inspiration renaît. D’ailleurs, je ne sais même pas si je peux dire aujourd’hui que je suis “basée” quelque part. J’habite à Paris, mais la semaine prochaine je serai à Londres, et la suivante à Los Angeles. Si Paris s’est imposée, c’est surtout parce que mes parents y vivent.
L’album, lui, s’est construit aux quatre coins du monde. Une des chansons, par exemple, a été composée à Barcelone. C’est une ville où je me ressource. Comme au Maroc, bien sûr, où je me sentirai toujours chez moi.
Vous dites que vous puisez dans les traditions marocaines, mais disons-le clairement, votre dernière chanson, Beaucoup, est conçue pour être Instagrammable…
“J’aurais pu faire quelque chose de plus formaté, plus “Instagrammable”, comme je sais le faire”
Pas du tout ! On ne l’a jamais pensée comme un titre commercial. Je suis tombée amoureuse de la version instrumentale dès la première écoute. Et j’ai pris un vrai risque en allant dans cette direction. J’aurais pu faire quelque chose de plus formaté, plus « Instagrammable », comme je sais le faire. Mais cette chanson-là, je ne l’ai pas écrite pour les algorithmes. Certes, mes mélodies peuvent être accrocheuses, mais Beaucoup est une chanson intemporelle. Pas un morceau pensé pour buzzer trois mois sur TikTok. C’est une chanson de cinéma, presque. Une chanson qui trouvera naturellement son public, parmi ceux qui aiment ce genre de musique.
Vous pensez vraiment que votre génération est en train de révolutionner la scène marocaine ?
Ma génération ? J’ai sincèrement envie d’en faire partie. Oui, il y a clairement un mouvement en marche. Beaucoup de choses bougent, que ce soit dans la scène artistique arabe, ou, plus largement, sur le plan humain.
Je suis particulièrement admirative de ce qui se passe en Palestine en ce moment. Il y a des artistes émergents que je trouve incroyablement inspirants.
C’est une forme de mini-révolution. Pendant longtemps, on ne nous a pas vraiment inclus dans la scène internationale. Mais je pense que le moment est venu pour les artistes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord de prendre pleinement leur place à l’échelle mondiale.
Vous dites que vous incarnez “une femme moderne assumée d’origine marocaine, et prête à casser les codes culturels”. C’est quoi, pour vous, une chanteuse féministe ?
“Je ne suis pas faite pour rester dans un rôle traditionnel, comme celui de femme au foyer”
Une chanteuse féministe, bien sûr, défend les droits des femmes. Mais pour moi, ce n’est pas que ça. C’est avant tout une énergie, une attitude.
Je ne suis pas faite pour rester dans un rôle traditionnel, comme celui de femme au foyer. J’ai envie de tracer ma propre voie, de faire les choses à ma manière. Je suis ma propre voie et si ça ne plaît pas à tout le monde, tant pis.
Vous revenez, après quatre ans d’absence, avec une nouvelle chanson, un nouveau nom de scène. Quelles différences y a-t-il entre la Rita de 2020 et la Tilila d’aujourd’hui ?
“Je préfère encore que ce soit ma mère qui me manage. Elle me donne plus d’idées, plus d’énergie, que beaucoup de professionnels”
Ce qui a changé, c’est la maturité. En 2020, j’étais déjà moi, avec la même énergie, mais aujourd’hui j’ai clairement gagné en expérience. À l’époque, j’étais très impatiente. Je voulais que tout arrive tout de suite, et si ça ne marchait pas immédiatement, je me disais que c’était fichu. Maintenant, j’ai appris à faire confiance au processus. Avant, si une chanson ne décollait pas dans le premier mois, je la considérais déjà comme un échec. Aujourd’hui, je sais que ça ne fonctionne pas comme ça. Par exemple, ma chanson Beaucoup a fait 20 000 écoutes au départ. Ce n’est pas un chiffre énorme, mais je crois qu’elle peut aller très loin (elle a dépassé les 238 000 vues, deux semaines après sa publication sur YouTube, ndlr).
Avant, c’était un rêve un peu flou. Aujourd’hui, je comprends tous les aspects du métier. Si je n’étais pas artiste, je pourrais être manager.
On m’a proposé plusieurs fois d’être managée, mais pour moi, si ce n’est pas quelqu’un qui peut vraiment m’emmener plus loin, au-delà de ce que j’ai déjà construit seule, ça ne m’intéresse pas. J’ai déjà tissé des connexions solides, avec des gens qui ont des Grammy, des gens qui respectent mon travail. Si un manager ne m’apporte pas plus que ça, je préfère encore que ce soit ma mère qui me manage. Elle me donne plus d’idées, plus d’énergie, que beaucoup de professionnels. J’ai tout fait en indépendante. Aujourd’hui, s’il y a quelqu’un qui entre dans l’équation, il faut que ce soit du solide. Sinon, je continue seule.
Le PV
Ghita Marrakchi refuse de donner sa date de naissance, c’est pourtant le rituel de cette rubrique. Caprice de star ? Allez savoir. Mais quand elle dit non, c’est non. Aujourd’hui connue sous le nom de scène Tilila (« Ghita », c’était sûrement trop banal pour une destinée cosmique) elle n’a pas vraiment suivi la voie classique. Après un bac scientifique, elle se tâte pour étudier l’architecture. Mais c’est finalement au Berklee College of Music à Boston qu’elle atterrit ! Le “Harvard de la musique”, dit-elle.
La première partie du concert des Maroon 5 en 2015 ? Un coup de chance, et aussi du culot ! Trois chansons, un groupe bricolé en une semaine, et un petit mytho bien senti à ses potes (“Oui oui, ils ont validé !”). Résultat : mission accomplie.
Mais tout n’est pas que paillettes. Son dernier clip a déclenché une mini-crise identitaire sur les réseaux. Henné, thé, zellige, et même une mosquée en décor : trop marocain pour certains, pas assez pour d’autres. Une Taylor Swift version babouches ? Certains le pensent. Tilila, elle, assume : “On a cru que j’étais une étrangère venue tourner au Maroc. Pourtant, je suis marocaine.” Et revendique une identité plurielle et dynamique. “Ce clip, c’est presque un spot pour le tourisme marocain”, sourit-elle.
ANTÉCÉDENTS
- 2014 – Intègre le Berklee College of Music à Boston
- 2015 – Assure la première partie du concert des Maroon 5 à Mawazine
- 2020 – Sortie de son premier EP
- 2025 – Sortie de son dernier morceau, Beaucoup

Smyet bak ?