En 2001, douze ans après sa sortie de prison, Jaouad Mdidech publiait La chambre noire, un récit carcéral dans lequel il témoignait de ses quatorze années d’incarcération durant les années de plomb. “Quatorze ans et quatre mois”, précise-t-il lorsqu’on y fait référence.
Ancien journaliste, son deuxième livre, campé dans le paysage du Haut-Atlas, se situe dans un tout autre registre. Paru il y a quelques mois aux éditions Le Fennec, Escapades dans le Haut-Atlas constitue une série de réflexions qui ont jalonné le parcours personnel de l’auteur, entre coups de gueule, observations de terrain, récits d’expérience et méditations loin d’être passives. “Un jour un homme s’enfuit de la grande ville, Casablanca (…) et il décida de s’installer quelque part dans l’Atlas”, résume le romancier Fouad Laroui dans la préface qu’il consacre aux Escapades dans le Haut-Atlas de Jaouad Mdidech. C’est le début d’un livre qui témoigne à la fois de réalités rurales encore méconnues, du travail invisible d’une société civile engagée, et qui appelle à une action politique et citoyenne plus concrète.
TelQuel : Ce livre s’ouvre sur un contraste, celui qui oppose la ville et la montagne, l’urbain et le rural. Vous dites être parti “rendre des comptes” à vous-même. Qu’est-ce qui vous a fait basculer définitivement d’un paysage à l’autre ? Que vous manquait-il dans la ville que vous avez retrouvé dans le Haut-Atlas ?
“Je ne généralise pas, mais je suis devenu allergique à l’effronterie de cette nouvelle bourgeoisie frimeuse qui fait étalage outrageusement et sans vergogne des signes de sa richesse”
Jaouad Mdidech. Longtemps j’avais rêvé de quitter Casablanca, pour m’installer loin de la “civilisation” urbaine. Dans cette mégalopole, la vie m’est devenue suffocante par sa pollution, insupportable par l’hypocrisie de ses gens, leurs incivilités et leur violence verbale et physique. Je ne généralise pas, mais je suis devenu allergique à l’effronterie de cette nouvelle bourgeoisie frimeuse qui fait étalage outrageusement et sans vergogne des signes de sa richesse. Dans cette ville, on est, en plus, constamment harcelé par des automobilistes et des motards qui roulent sans égards aux priorités. Le piéton n’y a plus voix au chapitre. Bref, je n’y étais plus heureux, il me fallait tourner la page et chercher un ailleurs plus apaisant. Parce que je suis un randonneur ayant escaladé quelques hautes cimes comme les monts Toubkal et Tidghine, j’ai choisi la montagne. L’urbanité fait oublier à l’être humain ses origines, cette nature pure dont il est issu.
