Les fusions du festival Gnaoua ont cela de particulier que bien souvent, elles surprennent le public… mais aussi les artistes qui les produisent ! Ces rencontres audacieuses et inattendues sont désormais la marque de fabrique du festival, dont la programmation met chaque année un large éventail de talents internationaux : têtes d’affiches ou prodiges underground viennent se fondre dans l’univers des maâlems. Car la musique, c’est aussi aller vers l’autre. Et le line-up de cette 26e édition est particulièrement prometteur.
Maâlem Houssam Gania x Marcus Gilmore, l’instrument en héritage
Pour la soirée d’ouverture du festival, le maâlem Houssam Gania rencontre Marcus Gilmore sur la scène Moulay Hassan. L’un est le fils d’un illustre maâlem marocain qui a marqué sa génération, Mahmoud Gania. L’autre est le petit-fils de Roy Haynes, immense batteur de jazz qui lui a offert son premier instrument. A Marrakech comme à New York, ils ont tous les deux grandi dans un univers musical et reçu cette passion en héritage. Le temps d’un concert, il sera inévitablement question de transmission.
Leur trajectoire semble témoigner d’une même détermination : honorer l’héritage familial, tout en se forgeant une identité artistique propre. Le premier perpétue les codes ancestraux marocains en y insufflant sa sensibilité personnelle, le second réinterprète l’école rythmique new-yorkaise avec une modernité assumée, qui lui vaut de se produire aux quatre coins du monde. Ensemble, ils feront dialoguer le jazz et les rythmes gnaoua, qui se prêtent merveilleusement à l’expérience du métissage et de la fusion musicale.
CKay, l’ambassadeur afrobeat
La trajectoire fulgurante de Chukwuka Ekweani, connu sous le nom de CKay, est à l’image de la puissance créative de la nouvelle génération artistique africaine. Virtuose de l’afrobeats, style né dans les années 2000 à Lagos, au Nigeria, parolier à la sensibilité palpable, il s’est approprié les codes musicaux continentaux en fusionnant highlife traditionnel, rythmes contemporains et mélodies urbaines sophistiquées.
Avec un premier album, Sad Romance, son ascension internationale a surtout été portée par la chanson devenue planétaire Love Nwantiti, chantée en igbo. Au Maroc, sa notoriété s’est principalement consolidée grâce à sa collaboration avec le rappeur El Grande Toto, qui a valu un disque d’or aux deux artistes.
Le succès du chanteur, multiprimé à l’international, a été confirmé avec la sortie de son deuxième album, Emotions, en 2024. Attendue le 20 juin sur la scène Moulay Hassan, sa rencontre avec le public souiri promet d’être mémorable.
Asmâa Hamzaoui & Bnat Timbouktou x Rokia Koné, sororité musicale
C’est une rencontre artistique qui pourrait incarner la révolution en cours pour les voix féminines africaines dans les univers musicaux traditionnels. D’un côté, Asmâa Hamzaoui, qui a intégré la programmation du festival pour la première fois en 2017, devenant l’un des rares visages féminins à représenter un genre musical où, traditionnellement, les femmes organisent le rituel gnaoua et les hommes le pratiquent. Elle se produira avec le collectif Bnat Timbouktou, qu’elle a fondé.
De l’autre, Rokia Koné, surnommée « la Rose de Bamako », qui vient apporter la puissance de l’héritage mandingue et l’engagement féministe du collectif des Amazones d’Afrique. Son parcours, jalonné de collaborations internationales et de combats pour l’émancipation des femmes, enrichit cette fusion d’une dimension militante authentique. La rencontre entre les percussions gnaoua et les mélodies maliennes laisse présager des moments plein de magie.
Dhafer Youssef, en résonance spirituelle
On pourrait dire que l’univers musical de Dhafer Youssef se déploie comme une quête spirituelle permanente, son impressionnante maîtrise technique se conjuguant à sa profondeur mystique. Issu d’une lignée de muezzins, il raconte avoir découvert sa voie (et sa voix) dans le hammam de son village natal, à Teboulba en Tunisie. Par la suite, sa trajectoire artistique épouse une géographie qui va du conservatoire de Tunis aux studios viennois où naît Zeryab, son premier groupe.
Avec Malak, en 1999, il ouvre la voie à une fusion audacieuse entre jazz occidental et tradition orientale. Electric Sufi et Digital Prophecy confirmeront ensuite cette approche novatrice, explorant les territoires où se rencontrent improvisation et héritage soufi. Au fil des années, Dhafer Youssef a collaboré avec une belle brochette d’artistes africains, nourrissant un univers musical placé sous le signe de la spiritualité, qui rejoint celui des gnaouas. D’où l’évidence de sa fusion avec Morad El Marjan, l’un des visages de la nouvelle génération gnaoui.
Maâlem Khalid Sansi x Cimafunk, un groove transatlantique
Le musicien Cimafunk et le maâlem Khalid Sansi auront le dernier mot de cette 26e édition du festival, lors d’un concert qui mettra en miroir les héritages africains du Maroc et de Cuba. Le premier se produira d’abord en solo lors de cette soirée de clôture, déployant son univers funk afro-latin. Ce phénomène de la scène caribéenne dispose désormais d’une véritable reconnaissance à l’international, avec trois albums à son actif, et une nomination aux Grammy Awards.
Cimafunk sera ensuite rejoint sur scène par Khalid Sansi, considéré comme une figure montante de cette nouvelle génération de gnaouas qui n’hésitent pas à repousser toujours plus loin les frontières entre les genres, et multiplier les collaborations à l’international. Ils seront réunis pour la première fois sur scène, pour un clap de fin prometteur.
