Sur le terrain des idées, Abderrahmane Lahlou, fondateur d’Abwab Consultants et de l’Académie de la finance participative, incarne la mémoire intellectuelle du secteur. Présent aux colloques de Grenoble dès 1985, pionnier des premières fenêtres islamiques dans les années 1990, il milite aujourd’hui pour une finance participative orientée vers les entreprises, les produits en capital et l’impact réel.
Cette ouverture vers une finance à impact est aussi portée par Mehdi Chekkouri, fondateur de GreenFintech. À travers une plateforme de gestion boursière éthique, il ambitionne de démocratiser l’accès à un trading conforme à la charia, rigoureux, moderne et exigeant
Mohamed Karrat, expert en ingénierie financière et conformité charia, s’inscrit dans cette volonté de structuration, tout comme Fouad Bendi, qui voit dans les Sukuk un levier encore sous-exploité pour les banques participatives marocaines. Mohammed Talal Lahlou, autre voix de référence, participe également à cet effort d’ancrage intellectuel et technique d’un modèle encore jeune mais ambitieux. Ahmed Tahiri Jouti, quant à lui, explore les croisements entre finance participative et intelligence artificielle, afin de renforcer la transparence et l’accessibilité des outils financiers islamiques.
Du côté des outils, Daâma Tamwil, la fenêtre participative de Tamwilcom, a déjà franchi un cap : plus de 1,2 milliard de dirhams engagés, 2 500 opérations réalisées, et des instruments dédiés tant aux particuliers qu’aux TPME. Un accélérateur conçu pour faciliter l’accès aux financements alternatifs via les produits garantis (Fogarim, Damane) et les mécanismes de cofinancement.
Said Amaghdir, pour sa part, identifie des relais de croissance stratégiques : produits Takaful, OPCVM charia-compatibles, ou encore digitalisation de l’offre. L’objectif : consolider la place de la finance participative dans l’écosystème national en dépassant le cadre bancaire traditionnel.
Dans ce paysage en mutation, les chiffres sont révélateurs : +14 % de comptes ouverts, +15 % de financements, +16 % de dépôts. Une dynamique bien installée, qui repose aussi sur la montée en puissance des établissements bancaires comme Bank Al Yousr. À sa tête, Mouna Lebnioury prône une approche agile, axée sur la proximité client, la performance commerciale et l’innovation produit.
Passée l’ère pionnière, la finance participative marocaine entre dans une phase de consolidation. L’enjeu n’est plus de convaincre, mais de démontrer. En phase avec les attentes sociétales et éthiques, elle se veut désormais force de proposition face aux modèles classiques. Une alternative crédible, portée par une ambition nationale, et des acteurs prêts à transformer la promesse en impact.
Qu’est-ce que TelQuel Impact?
TelQuel accorde une attention soutenue aux dynamiques qui transforment l’économie marocaine, en particulier dans les secteurs émergents où s’articulent innovation, souveraineté et impact social. La finance participative en fait partie. Depuis son lancement officiel, elle façonne un nouveau paysage bancaire, porté par des convictions éthiques, une régulation dédiée et un écosystème en pleine structuration.
Nous y avons consacré enquêtes, analyses, tribunes et entretiens, dans nos pages comme sur nos plateformes numériques. Notre approche critique, documentée et exigeante est reconnue tant par nos lecteurs que par les institutions, opérateurs et experts du secteur, qui nous accordent leur confiance.
C’est dans cette même logique d’engagement éditorial qu’a été pensé ce Spécial Finance Participative 2025. Un numéro pour décrypter les enjeux, faire entendre les voix qui comptent et donner à voir les ambitions de cette finance.
