Du Takaful aux OPCVM, Said Amaghdir donne le cap

Le président de l’Association marocaine pour les professionnels de la finance participative (AMFP) a contribué à la naissance et au développement de la finance participative au Maroc. Il en connaît les forces, les lacunes et les prochains défis, à commencer par celui du marché des capitaux.

Expert chevronné de la finance participative, Said Amaghdir fait partie des rares pionniers à s’être intéressés à cette filière bien avant son lancement officiel au Maroc. Ses premiers pas dans ce domaine remontent à 2010. « J’ai été désigné à l’époque par RMA Assurance pour effectuer un voyage d’études en Malaisie avec un collègue. Nous y avons visité les structures Takaful, Banque et Marché des capitaux afin de remonter à la source du modèle », se souvient Said Amaghdir, aujourd’hui président de l’AMFP.

Quinze ans plus tard, il dresse un bilan positif de l’évolution du secteur : « Nous avons aujourd’hui huit banques participatives opérationnelles, cinq filiales et trois fenêtres. Le volume de financement dépasse désormais les 30 milliards de dirhams, alors même que l’écosystème n’est pas encore complet », constate-t-il. Avec une offre Takaful consolidée et un secteur bancaire structuré, il ne manque plus qu’un levier essentiel : le marché des capitaux. L’arrivée prochaine des OPCVM participatifs est ainsi perçue comme une étape décisive. « Nous attendons la nouvelle loi sur les OPCVM, qui permettra enfin le lancement de véhicules d’investissement compatibles avec les principes de la finance participative. C’est à partir de là que nous pourrons réellement distribuer des produits d’épargne éthique via les réseaux bancaires et d’assurance », explique-t-il.

La force du collectif

Aujourd’hui Deputy CEO Asset Management dans une société de gestion, Said Amaghdir pilote une gamme de fonds diversifiée, y compris un fonds éthique, Al Amine, lancé fin 2021. « Nous attendons que la nouvelle réglementation lui permette d’être reconnu comme un fonds participatif à part entière. Il affiche déjà une performance exceptionnelle de 29,11 % depuis début 2025 », souligne-t-il.

Son parcours débute chez Wafabank au poste de chargé de risque et compliance. Grâce à la certification de la Société française des analystes financiers (SFAF), il intègre Wafa Gestion en 1998 et participe aux grandes fusions du secteur de l’Asset Management, notamment l’absorption d’Attijari Management et de Crédit du Maroc Gestion. Il rejoint ensuite le groupe O Capital et RMA Capital, où il contribue à la création de plusieurs fonds de droit marocain, français et UMOA. « C’était l’âge d’or de ma carrière », confie-t-il.

En 2017, il s’investit dans le développement de l’assurance participative aux côtés du groupe Saham, qui crée alors Sanlam Takaful. Faute de relais bancaires solides, le projet est suspendu.

En 2021, il rebondit dans une société de gestion d’actifs, qu’il accompagne de 1,4 à plus de 6,7 milliards de dirhams sous gestion en quatre ans. Une croissance spectaculaire qu’il attribue au travail d’équipe. « Je n’aime pas centraliser les pouvoirs. Il faut faire confiance, responsabiliser, partager », affirme-t-il. Son style de management reflète sa vision de la finance : participatif. « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », rappelle-t-il.