Les Marocains manquent-ils vraiment de civisme ? L'avis des experts

Incivilités, dégradation de l’environnement, désengagement citoyen : le Maroc traverse une crise profonde de civisme. Famille fragilisée, école en difficulté, défiance généralisée envers les institutions... À cinq ans de la Coupe du monde 2030, spécialistes et acteurs associatifs tirent la sonnette d'alarme et appellent à un sursaut collectif urgent.

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Yassine Toumi/TelQuel

Alors que le pays se prépare à accueillir la Coupe du Monde 2030, les fractures sociales et le délitement du lien civique inquiètent de nombreux Marocains. Deux enquêtes récentes du Centre marocain pour la citoyenneté (CMC) et de l’association Les Citoyens dressent un tableau préoccupant.

D’un côté, les comportements inciviques persistent dans l’espace public ; de l’autre, la participation citoyenne des jeunes reste très faible. Ces études, menées respectivement auprès de 1173 personnes et de 1121 jeunes issus de toutes les régions du Royaume, révèlent une profonde crise de civisme et d’engagement collectif.

Des citoyens lucides, mais impuissants

Selon l’enquête digitale du CMC intitulée « Le comportement civique des Marocains », 57,6 % des sondés sont insatisfaits du niveau de civisme dans l’espace public, où règnent les incivilités, le langage grossier, le harcèlement, le bruit excessif, dans un environnement dégradé par le non-respect des règles communes.

Une forte majorité (92,2 %) dénonce les phénomènes de mendicité et l’exploitation des enfants, tandis que 84 % pointent le fléau des sans-abris et des personnes atteintes de troubles mentaux laissées sans soin. Enfin, 44,4% des répondants sont gênés par le bruit excessif ou par le non-respect des espaces partagés.

« Le bilan, quatre ans après notre première enquête de 2021, reste mitigé et préoccupant », souligne ainsi le président du CMC, Rachid Essedik. Si ce dernier constate « une prise de conscience plus forte de la dégradation des comportements dans l’espace public”, celle-ci, regrette-t-il, ne s’accompagne d’aucune “amélioration significative des pratiques ». Et de résumer : « Les citoyens ne sont pas plus inciviques, mais ils sont désormais plus lucides sur ce qui ne va pas, et moins enclins à minimiser ou à excuser certains comportements », ajoute le président du CMC.

Famille et école : deux piliers fragilisés

Une situation qui serait causée par une double défaillance, selon les spécialistes : de l’école et de la famille. Selon Rachid Essedik, la famille marocaine traverse une crise à la fois culturelle et structurelle : « Les difficultés économiques, la perte d’autorité parentale et l’impact des réseaux sociaux ont modifié profondément la manière dont les parents peuvent transmettre les valeurs de respect et de responsabilité à leurs enfants ».

Une famille marocaine passe devant la mosquée Hassan II à Casablanca, en 2023.Crédit: Unsplash

L’école connaît les mêmes difficultés, estime le spécialiste : « Pour assurer l’éducation au vivre-ensemble et à la citoyenneté, les enseignants doivent disposer de contenus pédagogiques adaptés, d’une formation spécifique et d’un environnement scolaire exemplaire. Or ce n’est pas toujours le cas ».

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