Pros, jusqu'au bout des crampons

Par Yassine Majdi

Le Maroc vibre pour le football et nourrit des ambitions continentales, voire mondiales. Les images de nos derbys bouillonnants et de nos tifos spectaculaires font le tour du monde, témoignant d’une passion authentique qui ne demande qu’à être redirigée vers l’excellence. Notre pays veut profiter du momentum du Mondial 2022 et injecte des milliards dans la rénovation et la construction de stades.

Une démarche nécessaire, mais qui ne suffira pas. Car au-delà des infrastructures rutilantes, la vraie question demeure : comment transformer cette énergie populaire en machine à produire des champions capables de rivaliser avec les géants du continent ? Comment passer de la passion à l’industrie du football ?

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Transformer les clubs en sociétés anonymes sportives est la condition sine qua non pour créer un environnement sain et mettre fin à des pratiques de gestion opaques, attirant ainsi des investisseurs privés crédibles. Quatorze ans après son adoption, force est de constater que la loi est loin d’être appliquée. Ceux qui l’appliquent sont généralement des clubs adossés à l’État, qui s’engagent dans un cercle vertueux. Les autres s’enfoncent dans un cercle vicieux : litiges en cascade et dettes cumulées. Sans parler des sanctions qui frappent régulièrement les groupes de supporters de ces mêmes clubs. Huis clos, interdictions de déplacement… ce déséquilibre institutionnalisé nourrit frustrations et sentiments d’injustice.

“Il s’agit de bâtir une véritable industrie du football, capable de faire émerger entre 4 et 6 champions de la bonne gouvernance”

Yassine Majdi

L’enjeu dépasse pourtant la simple modernisation administrative. Il s’agit de bâtir une véritable industrie du football, capable de faire émerger entre 4 et 6 champions de la bonne gouvernance. Des clubs exemplaires qui pourraient se battre à armes égales non seulement pour la Botola, mais aussi pour les titres continentaux, face à d’autres écuries qui bénéficient d’un soutien financier plus affirmé, notamment en Égypte.

Cette stratégie pourrait s’articuler en deux temps. D’abord, laisser émerger ces futurs champions en leur offrant une certaine souplesse réglementaire – qualifiée de dérive par certains – à l’image de ce qu’ont fait d’autres pays pour leurs géants. L’Angleterre a fermé les yeux sur les investissements massifs de Manchester City, la France a accompagné l’ascension du PSG malgré ses largesses financières, et l’Espagne a même créé des lois sur mesure pour le Real Madrid, comme la fameuse loi Beckham. Cette phase d’émergence permettrait à nos clubs phares – dont le Raja et le Wydad – de rattraper leur retard sur le continent ou de consolider leurs acquis.

Puis, dans un second temps, instaurer une régulation ferme et équitable pour tous. D’autres pays, confrontés aux mêmes défis, ont fini par choisir la voie du régulateur impartial. En France, la redoutée DNCG a rétrogradé sans frémir un club historique comme les Girondins de Bordeaux en raison d’une mauvaise gestion financière. En Allemagne, la DFL – et ses normes hyper-strictes – impose désormais une santé financière exemplaire à ses clubs. La leçon est claire : réguler efficacement signifie parfois sacrifier certains intérêts au profit de l’intérêt général, mais au bon moment.

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