Une nouvelle étape dans la relation Maroc-Emirats arabes unis. Ce 19 mai, ce sont trois accords stratégiques- estimés à près de 150 milliards de dirhams- dans le domaine de l’eau et de l’énergie qui ont été annoncés par l’Office national de l’eau et de l’électricité et également scellés par Taqa Morocco, Nareva et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement (FM6PI).
- Le transport de l’eau : réalisation d’infrastructures de transfert d’eau entre les bassins de l’Oued Sebou et le bassin de l’Oued Oum Rabia pour une capacité de 800 millions de m3 /an, permettant de lutter contre la situation de stress hydrique ;
- Le dessalement : réalisation de stations de dessalement d’eau de mer pour une capacité totale de 900 millions de m3 /an, entièrement alimentées par de l’énergie renouvelable, permettant de renforcer la capacité nationale de dessalement et ce, à un tarif cible en ligne avec les prix de référence arrêtés pour les projets de dessalement déjà engagés au niveau national et ne dépassant pas 4,5 dirhams HT/m3
- Le transport de l’électricité: réalisation d’une ligne électrique en courant continu haute tension (HVDC) de 1400 km reliant Dakhla à Casablanca pour une capacité de 3000 MW, permettant d’accroître la capacité de transport nationale et d’accélérer davantage le développement de capacités renouvelable dans les Provinces du Sud du Royaume
- L’électricité renouvelable : développement de capacités renouvelables additionnelles de 1200 MW, permettant d’augmenter les volumes d’électricité verte produits dans le Royaume ;
- L’ électricité thermique : développement de centrales à cycle combiné fonctionnant au gaz naturel sur le site de Tahaddart pour une capacité totale de près de 1500 MW, permettant de renforcer la résilience du système électrique national.
Ces accords s’inscrivent dans la lignée des visites effectuées par le roi Mohammed VI à Abou Dhabi en décembre 2023 et décembre 2024. La première, officielle, avait permis de sceller un “partenariat renouvelé” entre le Maroc et les Emirats arabes unis avec l’annonce d’une collaboration renforcée dans plusieurs domaines stratégiques comme l’énergie et le développement d’infrastructures. La seconde, une visite privée, s’était révélée stratégique dans le rapprochement entre Maroc Telecom et Inwi et leur rapprochement qui a mis fin à une décennie de litiges judiciaires entre les deux entreprises. Les deux opérateurs avaient également lancé une joint venture pour le développement d’infrastructures 5G en vue d’évènements internationaux organisés par le Maroc comme la Coupe d’Afrique des nations 2025 et le Mondial 2030.

Concernant l’eau, les accords annoncés ce 19 mai prévoient plusieurs projets structurants. En premier lieu, une interconnexion entre les bassins de l’Oued Sebou et de l’Oued Oum Rabia sera réalisée, renforçant et prolongeant ainsi un premier tronçon mis en service en août 2023 entre Sebou et Bouregreg. Ce premier tronçon, déjà opérationnel, a permis d’acheminer environ 350 millions de mètres cubes d’eau vers le barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah, essentiel à l’approvisionnement en eau potable de la région de Rabat. La nouvelle extension prévue permettra de renforcer considérablement cette capacité de transfert et de sécuriser davantage l’approvisionnement en eau sachant qu’un dédoublement de l’interconnexion Sebou-Bouregreg est prévu en vue de permettre l’acheminement de près de 800 millions de mètres cubes d’eau.
Quatre nouvelles stations de dessalement seront également construites à Tanger, Nador, Tiznit et dans la région de Guelmim-Oued Noun. Ces installations répondront aux besoins spécifiques de leurs régions respectives. À Tanger ( où la capacité sera de 50 millions de mètres cube d’eau) et Nador (300 millions de mètres cubes d’eau), les stations seront particulièrement importantes pour accompagner l’activité industrielle et portuaire en pleine expansion. À Tiznit (350 millions de mètre cube d’eau), l’installation répondra aux besoins d’irrigation dans l’importante région agricole du Souss. Enfin, la quatrième station située dans la région de Guelmim-Oued Noun (soit à Tan-Tan, soit à Guelmim) pourra produire 100 millions de mètres cube d’eau par an. Alimentées principalement par de l’énergie éolienne, ces quatre stations proposeront une eau à un tarif compétitif qui ne devrait pas dépasser le tarif de référence de 4,50 dirhams de la future station de dessalement de Casablanca. Ces stations ne bénéficieront pas de subventions publiques.
Sur le volet énergétique, le projet phare est la mise en place d’une « autoroute de l’électricité » de 1400 kilomètres reliant Casablanca à Dakhla. Cet axe stratégique consiste en une ligne électrique haute tension en courant continu (HVDC) reliant le sud et le centre du pays. Cette infrastructure essentielle permettra de renforcer l’approvisionnement énergétique du centre du Royaume, tout en accompagnant leur développement économique et industriel.
Par ailleurs, les accords prévoient le développement de 1200 MW supplémentaires de capacités renouvelables pour accompagner cette autoroute électrique. Ces nouvelles capacités s’ajoutent aux projets existants et permettront d’accroître significativement les volumes d’électricité verte disponibles au Maroc. Ces unités de production devraient être essentiellement basés dans les provinces du Sud. L’objectif affiché est clair : fournir une énergie propre et abordable aux industriels du pays sur l’ensemble du territoire.
Enfin, un important volet concerne le renforcement de la capacité énergétique du site de Tahaddart. Actuellement opérationnelle, cette centrale au gaz verra sa capacité multipliée par quatre grâce à la construction de nouvelles unités à cycle combiné fonctionnant au gaz naturel. Cette extension portera la capacité totale de Tahaddart à près de 1500 MW, garantissant ainsi une stabilité accrue du réseau électrique national dans un contexte d’intégration importante de l’énergie éolienne.
Ces nouveaux accords témoignent du réchauffement des relations entre le Maroc et les Emirats arabes unis après une période de flou. Ils illustrent également une ambition commune du Maroc et des Émirats arabes unis de renforcer leur partenariat stratégique, notamment dans des secteurs clés pour l’avenir du Maroc tels que la gestion des ressources hydriques, le développement des infrastructures énergétiques et la transition vers les énergies renouvelables.
Les acteurs d’un deal
Nareva
Filiale de la holding royale Al Mada, Nareva est le premier producteur privé d’électricité au Maroc, avec une capacité installée de 3.200 MW et plus de 15 TWh générés chaque année. Leader pionnier de l’éolien en Afrique, l’entreprise exploite 11 parcs totalisant 1.810 MW et la centrale thermique de Safi (1.386 MW). Active dans le transport électrique (plus de 300 km de lignes HT/THT) et l’ingénierie de l’eau, Nareva pilote notamment le projet Amensouss et construit à Dakhla la première unité mondiale de dessalement alimentée exclusivement par de l’énergie renouvelable. L’entreprise est également engagée dans le développement de l’hydrogène vert et de ses dérivés dans le cadre de l’Offre Maroc Hydrogène Vert.
TAQA
TAQA Morocco, cotée à la Bourse de Casablanca depuis 2013, fournit 34 % de l’électricité nationale pour 17 % de la capacité installée. Active dans le dessalement, les énergies renouvelables, bas carbone et les réseaux, elle soutient la transition énergétique et le plan national de l’eau. Elle est contrôlée par Abu Dhabi National Energy Company PJSC (TAQA), géant émirati de l’énergie et des services publics présent dans 25 pays. TAQA investit dans la production d’électricité et d’eau, le traitement des eaux usées, les réseaux d’infrastructure, ainsi que dans le pétrole et le gaz, en amont et en aval.
