Le travail domestique est un travail productif, essentiel au fonctionnement du capital, mais rendu invisible parce qu’il échappe aux rapports salariaux.” Cette phrase de Mariarosa Dalla Costa, sociologue, écrivaine et militante féministe italienne, date de 1974. Elle est tirée de son livre coécrit avec Selma James, Le pouvoir des femmes et la subversion sociale. Cinquante ans plus tard, elle reste d’actualité.
“En cas de divorce, une femme doit pouvoir faire valoir ses droits, même si elle n’a pas exercé d’activité rémunérée à l’extérieur du foyer”
Au Maroc, comme ailleurs, le travail domestique des femmes demeure invisible et peu reconnu. Il ne figure pas dans les comptes de l’économie nationale, et ceux qui en bénéficient, à savoir les hommes en premier lieu, ne le considèrent pas toujours comme un vrai travail.
La preuve ? Les critiques ayant entouré l’une des dispositions phares de la nouvelle Moudawana, annoncées en décembre dernier par le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi. Si le texte final de la réforme n’a pas encore été dévoilé, le Maroc est en passe d’instaurer un nouvel encadrement des biens acquis durant le mariage. L’objectif est d’aller vers une “valorisation du travail de l’épouse au sein du foyer, en le considérant comme une contribution au développement” de ces biens, avait-il expliqué.
« Il est inacceptable qu’une femme quitte son foyer avec zéro dirham alors qu’elle a permis à son mari de construire son patrimoine. » Les Marocaines consacrent plus de 4 heures par jour aux tâches domestiques. Si la réforme annoncée de la Moudawana ouvre la voie à une… pic.twitter.com/1tXvOS2Vmb
— TelQuel (@TelQuelOfficiel) May 9, 2025
“Le travail domestique doit être reconnu comme un travail productif, avec une valeur économique réelle, notamment en ce qui concerne le partage des biens acquis durant le mariage. En cas de divorce, une femme doit pouvoir faire valoir ses droits, même si elle n’a pas exercé d’activité rémunérée à l’extérieur du foyer”, explique à TelQuel Bouchra Abdou, directrice de l’Association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté (ATEC), après une conférence à Casablanca organisée sur le sujet, à la veille du 1er mai.
Un “travail à part entière”
“Travailler à la maison, c’est souvent permettre au mari d’économiser, de se consacrer à sa carrière et de constituer son capital. La répartition des biens doit donc être équitable, à 50 % chacun, en tenant compte de la durée du mariage”, soutient-elle.
