C’est dans un contexte de tensions sociales, de sécheresse prolongée et d’inégalités territoriales que Wafâa Jemali, directrice générale de l’Agence nationale du soutien social (ANSS), a pris la parole, le 18 avril, lors d’une journée d’étude organisée par le groupe socialiste à la Chambre des représentants.
Venue représenter l’ANSS, elle a défendu l’ambition du Maroc en matière de soutien social direct. “Le discours royal à l’ouverture de la session parlementaire d’octobre 2023 a défini le cadre de ce chantier structurant”, rappelle-t-elle d’emblée. Objectif : réduire les inégalités, améliorer le sort des plus vulnérables et restaurer l’équité territoriale.
Le socle budgétaire est significatif : 25 milliards de dirhams mobilisés pour 2024. Cela permet, selon Jemali, de soutenir près de 4 millions de ménages, soit environ 12 millions de Marocains. En détail, 2,4 millions de familles bénéficient des indemnités liées à l’enfance, tandis que 1,5 million d’autres touchent une allocation forfaitaire, couvrant notamment plus d’un million de personnes âgées. La directrice précise également que 400.000 veuves figurent parmi les bénéficiaires, dont 87.000 prennent seules en charge près de 100.000 orphelins.
Vers une nouvelle ingénierie sociale
Pour Wafâa Jemali, il ne s’agit pas seulement de verser des allocations, mais de faire évoluer le dispositif vers une mécanique de “soutien ancré dans le terrain”. En ce sens, elle évoque la création prochaine d’antennes locales de l’agence. Objectif : “territorialiser et humaniser le soutien social”, résume-t-elle. Ces représentations serviront de pont entre les bénéficiaires et les institutions publiques concernées.
S’appuyant sur une visite de terrain, la directrice évoque le cas d’un foyer composé de six personnes, vivant avec des revenus aléatoires et un soutien mensuel de 636 dirhams. “Ce montant représente environ un quart de leur revenu mensuel estimé, et bien que ce ne soit pas négligeable, cela ne peut à lui seul transformer la vie d’une famille”, souligne-t-elle. D’où la nécessité, selon elle, d’“accompagner le soutien monétaire de services de santé, d’éducation et d’insertion”.
Trois défis majeurs se dessinent : renforcer la présence de l’agence sur le terrain, améliorer l’impact social du soutien, et encourager l’autonomie économique des familles. “Peut-on aider l’un des parents à accéder à un emploi stable ? Quelles formations proposer ? Peut-on accompagner l’autre parent à générer un revenu via un appui à la garde d’enfants ou au transport ?”, interroge Jemali.
Le modèle prôné repose sur une double logique : un ciblage précis, grâce au Registre social unifié (RSU), et des engagements sociaux adaptés au contexte de chaque territoire. “Le Maroc est aujourd’hui en deuxième position sur le continent en matière de soutien social en pourcentage du PIB”, affirme-t-elle, insistant sur les outils de gouvernance mis en place : suivi des résultats, mécanismes d’évaluation et transparence budgétaire.
