Pour protéger le “Made in Morocco”, l’État met-il à mort les marques étrangères?

Droits de douane exorbitants, nouvelle taxe sur les royalties, système complexe de contrôle des marchandises… l’État assène un coup de massue aux enseignes commerciales importatrices. Pour protéger et développer la production industrielle nationale, les autorités iront-elles jusqu’à condamner les franchises internationales ?

Par

TELQUEL

Morocco Mall, Anfa Place, Arribat Center, Mega Mall, Mahaj Center, Marina shopping center… autant de noms qui véhiculent un imaginaire fait de marques et d’enseignes prestigieuses. Se déployant sur le sol marocain depuis le début des années 2000, ces centres commerciaux attirent une clientèle de toutes les classes sociales. Des articles d’entrée de gamme jusqu’aux plus luxueux, chacun y trouve son compte.

Outre l’élan pris par les enseignes marocaines, l’essor des Malls a largement tiré profit de l’implantation de marques françaises, espagnoles, américaines, turques, etc. Leur succès s’explique par la disponibilité au Maroc de produits qu’on ne trouvait auparavant qu’à l’étranger. Cette proximité, doublée de prix plus ou moins adaptés au pouvoir d’achat local, a su drainer une clientèle importante durant la dernière décennie.

“Avant, pour s’acheter un tailleur, une jeune fille devait débourser dans les 2000 dirhams minimum, aujourd’hui, avec la disponibilité d’une offre taillée pour le consommateur local, à 400 dirhams on est habillé de façon très correcte de la tête jusqu’aux pieds”, note Safae Fikri, directrice générale de l’enseigne de prêt-à-porter française Kiabi Maroc, qui gère 14 magasins dans le royaume.

Si l’offre émanant de marques étrangères a su séduire de nombreux clients, et ce faisant, attirer des centaines d’enseignes, ces deux derrières années ont sonné le glas de leurs ambitions.

Modèle disrupté

Un petit tour dans n’importe quel Mall casablancais, rbati ou tangérois, permet de constater que la clientèle est de plus en plus clairsemée. Les gens déambulent dans les allées, font du lèche-vitrine, essaient parfois quelques articles, mais repartent souvent sans passer à la caisse.

C’est que depuis l’éclatement de la pandémie et les mesures de confinement qui ont suivi, le secteur du retail a subi une disruption inédite, débouchant sur un bouleversement sans précédent de son business modèle.

Une détérioration soudaine qui, à l’heure actuelle, met en jeu la survie du commerce moderne. Un secteur qui représente le tiers de l’activité commerciale globale au Maroc : 16% de son chiffre d’affaires et 4% de l’emploi généré.

Comment une filière aussi florissante en est-elle aujourd’hui réduite à essuyer exercice déficitaire après exercice déficitaire? Comment, alors que le Maroc se positionnait comme une vitrine commerciale au carrefour de deux continents, un peu à l’image de Dubaï (toutes proportions gardées), le marché des marques en est-il arrivé à frôler la cessation d’activité, sans garantie de lumière au bout du tunnel ?

Et quel rôle l’État joue-t-il dans le maintien d’un secteur entier, dans une fragilité désormais structurelle ? La protection des grappes d’industrie locale, la défense tous azimuts du Made in Morocco, expliquent-elles le peu de cas que fait la puissance publique du sauvetage d’une filière retail désormais sinistrée ? Lire la suite…

Sommaire

Pour protéger le “Made in Morocco”, l’État met-il à mort les marques étrangères?