Ukraine : la Hongrie contrarie la volonté de l’UE d’imposer un embargo sur le pétrole russe

La volonté de l’Union européenne d’interdire les importations de pétrole russe et d’imposer de nouvelles sanctions afin de “faire payer le prix fort” de la guerre en Ukraine au président Vladimir Poutine a été freinée le 4 mai par la Hongrie, accusée par les dirigeants ukrainiens de “complicité” de crimes de guerre.

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Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Crédit: @Vonderleyen / Twitter

Le ministre des Affaires étrangères hongrois, Peter Szijjarto, a annoncé que ce projet “ne peut pas être soutenu dans sa forme actuelle. En toute responsabilité, nous ne pouvons pas voter pour”.  L’unanimité des 27, obtenue pour les cinq précédentes séries de sanctions, est impérative pour l’adoption de sanctions par l’UE.

“Ce pays est du côté des Russes et il partage la responsabilité pour tout ce qui est fait par la Russie en Ukraine”

Dmytro Kouleba, ministre ukrainien des AE

Le gouvernement ukrainien a réagi durement à la prise de position hongroise. “Si un pays s’oppose à un embargo sur le pétrole russe, cela signifie une chose : ce pays est du côté des Russes et il partage la responsabilité pour tout ce qui est fait par la Russie en Ukraine”, a accusé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba.

À New York, les cours du pétrole se sont envolés mercredi, sous l’effet du projet d’embargo européen. Le Brent a ainsi gagné près de 5 % pour finir à 110,14 dollars, son plus haut niveau depuis deux semaines et demie.

La Commission préconise dans ce 6e paquet de sanctions “une interdiction de tout le pétrole russe, brut et raffiné, transporté par mer et par oléoduc” pour fin 2022, a expliqué sa présidente Ursula von der Leyen au Parlement européen.

Le secteur financier est également visé avec l’exclusion de la plus importante banque russe, la Sberkank (37 % du marché) et de deux autres établissements du système financier international Swift, ainsi que l’interdiction de diffusion dans l’UE de trois canaux télévisés russes, dont Russia 24 et Russia RTR, selon le document consulté par l’AFP.

“Nous adressons ainsi un autre signal fort à tous ceux qui mènent la guerre du Kremlin : nous savons qui vous êtes, et vous devrez rendre compte de vos actes”, a lancé Ursula von der Leyen.

“Une arme à double tranchant”

La proposition a été transmise dans la nuit de mardi à mercredi aux États membres. Leurs ambassadeurs à Bruxelles ont eu une première réunion mercredi. “Certains États membres ont exprimé leur préoccupation vis-à-vis de l’embargo”, a confié un diplomate européen.

L’objectif est une entrée en vigueur pour la célébration de la 72e journée de l’Europe le 9 mai. Cette date est également célébrée en Russie comme le “jour de la Victoire” sur l’Allemagne nazie. “Ce ne sera pas facile”, a reconnu la présidente de l’exécutif européen. Mais “Poutine doit payer le prix fort pour sa brutale agression”, a-t-elle affirmé sous les applaudissements des eurodéputés.

“En essayant de nous faire mal, ils devront aussi payer le prix fort. Ils le payent déjà”

Dmitri Peskov, secrétaire de presse de Poutine

“Le désir de sanctionner des Américains, des Européens et d’autres pays est une arme à double tranchant. En essayant de nous faire mal, ils devront aussi payer le prix fort. Ils le payent déjà. Et le coût des sanctions pour les citoyens de l’Europe va croître de jour en jour”, a averti Dmitri Peskov, secrétaire de presse de la présidence russe.

“Nous ne pouvons pas garantir qu’il n’y aura pas de perturbations” dans les approvisionnements en pétrole en Allemagne, a reconnu le ministre allemand de l’Énergie, Robert Habeck. L’UE a déjà décidé de cesser ses achats de charbon et trouvé d’autres fournisseurs aux États-Unis pour un tiers de ses achats de gaz russe. Le calendrier pour le pétrole prévoit l’arrêt des importations de brut dans les six mois et des produits raffinés d’ici fin 2022.

Plusieurs pays sont “fortement dépendants” et une dérogation est proposée pour permettre à la Hongrie et à la Slovaquie de poursuivre leurs achats à la Russie jusqu’à fin 2023. Ces deux pays sont enclavés et dépendants des livraisons par l’oléoduc Droujba. La République tchèque a demandé à bénéficier elle aussi de cette possibilité et, comme la Slovaquie, souhaite poursuivre ses achats pendant encore deux ou trois ans.

Des choix politiques

“Chaque nouveau paquet de sanctions contre la Russie est plus difficile à adopter, car il impose des choix politiques”, a souligné le responsable européen. “Rien n’est garanti pour son adoption”, a-t-il averti.

Des travaux techniques intenses sont prévus au cours des prochains jours pour tenter d’adopter ce 6e paquet avant le week-end”, selon le diplomate. Des ajustements et des modifications seront sans doute nécessaires, a reconnu la Commission.

En 2021, la Russie a fourni 30 % du brut et 15 % des produits pétroliers achetés par l’UE et fournit annuellement 150 milliards de m3 de gaz. Les achats européens financent l’effort de guerre de Moscou et abondent le budget russe à hauteur de 800 millions d’euros chaque jour.

Pour rappel, depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, les importations européennes de gaz, pétrole et charbon ont rapporté 44 milliards d’euros au Kremlin, indique une étude du Crea, centre de réflexion basé en Finlande. Les quatre principaux acheteurs sont l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la France.

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