Droits des femmes : l’ADFM adresse une lettre ouverte à Aziz Akhannouch

Quelques semaines après la nomination du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et dans l’attente de la formation gouvernementale, l’Association démocratique des femmes du Maroc a décidé d’adresser une lettre ouverte au nouveau chef de l’Exécutif, afin d’exprimer ses attentes vis-à-vis du gouvernement quant à la lutte pour l’égalité des genres. TelQuel en a sélectionné quelques extraits.

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Aziz Akhannouch à Rabat, le 9 septembre 2021. Crédit: Yassine Toumi / TelQuel

Dans une lettre datée du 22 septembre, l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) interpelle le chef du gouvernement désigné, Aziz Akhannouch, et ce dans le cadre de certaines interrogations relatives au nouveau gouvernement.

“Nous attendons de votre gouvernement une rupture avec les approches et politiques ayant prévalu dans le passé en affichant concrètement la volonté politique pour faire de l’égalité la priorité de votre mandat”

ADFM

Garantira-t-il l’accès des femmes à tous leurs droits en accordant la priorité à la lutte contre les inégalités, les discriminations et les violences, notamment celles fondées sur le genre ? La participation des citoyens et citoyennes et le renforcement des capacités des organisations de la société civile seront-ils pris en considération en vue de promouvoir l’effectivité des libertés individuelles et publiques, donner un nouveau souffle à la démocratie et rétablir ainsi la confiance des citoyens et citoyennes ?”, s’interroge l’ADFM, avant d’exprimer ses principales attentes sur les cinq prochaines années, portant sur quatre principales thématiques : les politiques publiques, la législation, les mécanismes de redevabilité aux droits des femmes, et la lutte contre les stéréotypes sexistes et la promotion de la culture de l’égalité. 

“Nous attendons de votre gouvernement une rupture avec les approches et politiques ayant prévalu dans le passé en affichant concrètement la volonté politique pour faire de l’égalité la priorité de votre mandat à la tête du prochain gouvernement” explicite l’ADFM.

Des politiques publiques et de la législation

Au niveau des politiques publiques, l’ADFM dit attendre un programme gouvernemental qui intégrerait “de manière transversale l’égalité et la non-discrimination comme une priorité”, ainsi que des objectifs quantifiés et une évaluation qui permettrait de mesurer l’impact des politiques publiques quant à la lutte contre les inégalités de genre.

De même, l’ADFM recommande et attend du prochain gouvernement “l’adoption d’une véritable démarche participative en considérant les associations de droits humains et les associations de défense des droits humains des femmes comme un véritable partenaire dans la planification, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des politiques publiques”.

Centre-ville de Rabat, le 16 juin 2020.Crédit: Fadel Senna / AFP

Sur le plan législatif, la lettre de l’ADFM fait clairement référence à l’article 19 de la Constitution, qui consacre la parité sur les plans politique, social et économique, mais qui ne trouve toujours pas de traduction dans les corpus législatifs. Ainsi, elle demande “la promulgation d’une loi générale définissant l’égalité et la discrimination directe et indirecte afin d’harmoniser notre cadre juridique avec les dispositions constitutionnelles et les engagements internationaux de notre pays en matière de droits humains en général et de droits des femmes en particulier”.

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Dans la même lancée, l’ADFM demande une révision du Code de la famille et des lois relatives à la polygamie, le divorce, la tutelle, et l’héritage, ainsi qu’une révision du Code pénal et des lois relatives aux libertés individuelles. Une révision de la loi 103.13, relative à la lutte contre la violence faite aux femmes, souvent qualifiée de “loi-vitrine” par la société civile au vu de sa non-application, s’impose également, afin de garantir une protection efficace aux femmes victimes de violences.

L’ADFM suggère également “l’intégration de mesures dans les lois électorales et la réforme du secteur public qui permettront de garantir l’égalité femmes-hommes dans l’accès aux postes de responsabilités et aux instances de gouvernance”.

Des propositions à venir

Quant aux mécanismes de redevabilité aux droits des femmes, et donc de contrôle et d’évaluation des efforts fournis par les politiques publiques, l’ADFM attend, entre autres, la mise en place d’une autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination, et ce, sur de “nouvelles bases, lui garantissant l’indépendance administrative et le pouvoir requis pour la protection et la promotion des droits humains de la femme au même titre que les autres institutions constitutionnelles”.

“Ces chantiers exigent une vision claire, une volonté politique forte, des ressources institutionnelles et financières qui peuvent être mobilisées”

ADFM

De même, afin de lutter contre les stéréotypes sexistes, l’ADFM attend du nouveau gouvernement “la diffusion de la culture de l’égalité et de la non-discrimination à travers tous les canaux éducatifs et médiatiques et toutes les institutions de socialisation en vue de promouvoir et protéger les libertés, la dignité, l’égalité et la non-violence”.

Insistant sur la nécessité d’une démarche participative, l’ADFM se dit “convaincue que ces chantiers exigent une vision claire, une volonté politique forte, des ressources institutionnelles et financières qui peuvent être mobilisées”, et conclut sa lettre en indiquant qu’après la formation gouvernementale et la mise en place des différentes structures institutionnelles découlant des trois scrutins du 8 septembre, elle présentera des propositions concrètes à mettre en place lors des cinq prochaines années.

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