Le ftour avec... L'moutchou : “Ramadan, c’est un mois off pour le business”

Rappeur, producteur et fondateur d’Adghal Records, Mobydick (alias L’Moutchou) nous raconte ses petites habitudes ramadanesques à l’heure du ftour, et bien plus. Entretien.

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TelQuel : Avec “Fast-food”, vous êtes connu comme le rappeur qui régale ses fans avec des mixtapes spécial ramadan. Qu’est-ce qu’il y a au menu “prêt-à-écouter” de cette année pandémique ?

L’Moutchou : Il y a eu cette année un léger décalage. Je viens de sortir, juste avant ramadan, un “Pack de 6”. C’est une autre atmosphère par rapport à ce que je fais d’habitude. L’EP est en six morceaux, avec une pochette où on voit le fameux carton de six bouteilles. C’est la seule différence par rapport aux précédents mois de Ramadan.

Mettons le Covid de côté. Pour certains, le ramadan est le mois rêvé pour que rwappa (les rappeurs, ndlr) enfilent leur masque. Serez-vous prêt à leur concocter une fatwa du Mobydick sur fond sonore ?

Ramadan ou pas, je pense que ça dépend des points de vue. Je dirais que les gros mots sont perçus comme quelque chose d’agressif pour certains. Pour d’autres, c’est un langage. Je ne rentre pas dans les détails. Il y a des endroits où on peut utiliser son propre langage, contrairement à d’autres. Ramadan n’est pas là pour décider de quoi que ce soit. Ça dépend de la foi et de l’intelligence de chacun.

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D’habitude, vous vous amusez dans vos tracks à décrire le Marocain en situation d’extase durant ce mois. Pensez-vous que c’est la meilleure manière de critiquer une morale ancrée dans notre société, et qui malheureusement justifie des comportements absurdes?

C’est vrai que je provoque. Je dirais que nous vivons en fonction des moments. Sans langue de bois, il y a des gens pervers à cause de la multitude des interdits dans la société. C’est vrai que, dans mes textes, ça m’arrive de faire un clin d’œil sur ce côté-là. Mais je le rappe bien (rires).

Avant le ftour, vous êtes plutôt sport ou canapé ?

Par moments, quand j’ai la motivation, moi aussi je fais le rituel chaussures-footing. J’ai souvent fait ça avant le ftour. Malheureusement cette année, je n’ai pas encore trouvé mon confort dans la routine imposée par la pandémie. D’habitude, ce côté fresh nuts me plaît beaucoup. C’est le bon côté du ramadan. Les horaires changent d’une manière où l’on peut s’amuser un peu.

Et lorsque le ftour approche, vous êtes derrière les fourneaux ou déjà à table ?

Il m’arrive parfois de ne pas faire attention à l’appel de l’Adan (prière de rupture du jeune, ndlr). Il y a des moments où j’ai super soif, où j’attends avec impatience. Sinon, je ne rentre pas souvent à la cuisine.

À l’heure du ftour, vous dévorez quoi en premier ?

Un bon verre d’eau pour me soulager. Après, je ne suis pas très gourmand.

Sans jeu de mots, vous êtes plutôt briwat ou 7liwat ?

Allons pour les briwat. Je dirais que 7liwat font graisser le bide (rires). (En 2019, L’Moutchou avait clashé le rappeur 7liwa à travers son titre “L’Ex d’Fatima”, ndlr).

Vous privilégiez un seul repas ou plusieurs pendant vos soirées ramadanesques ?

Un seul suffit. Baraka. Le soir, je mange des fruits.

Et vous vous réveillez pour le shour ?

Non car je dors généralement tard, vers 2h. Je me contente de petits fruits.

Pour l’animation, vous êtes plutôt télévision ou radio sur fond de tarab andaloussi ?

Je mets une petite musique qui va avec le concept. C’est pour garder la belle ambiance du ramadan durant le ftour.

Vous regardez des sitcoms ramadanesques ?

Ça m’arrive de regarder ce qui se passe. Je regarde ça sur internet et non pas à la télé. J’ai ainsi le droit de zapper quand je n’aime pas. Croyez-moi, je dois zapper six fois pour tomber sur une septième production qui m’accroche.

Vos lectures et recherches sont plutôt spirituelles ou littéraires pendant le ramadan ?

Je me concentre pour améliorer mon business. Ramadan devient parfait pour certaines choses que je ne fais pas d’habitude. Le matin par exemple, personne ne fréquente mon studio d’enregistrement. La nuit cette année, c’est couvre-feu, barrages… Il n’y a donc aucune réservation, aucune possibilité d’exploiter le studio. C’est un mois off pour le business. La galère. J’en profite pour améliorer mes locaux, l’aménager, ne pas rester les bras croisés. C’est comme les snacks qui profitent du ramadan pour changer de décor.

Vous étiez pour que les cafés restent ouverts après le ftour ?

Franchement, je trouve ça injuste. Ils auraient pu les laisser gagner leur vie le soir pour compenser. C’est leur petite part de sacrifice. A la base, tout le monde ferme la journée. Pour les travailleurs dans les cafés, ramadan est devenu inéquitable, irrationnel.

Pareil pour les mosquées ?

Bien sûr. C’est vrai que dans un sens, la mosquée n’est pas un business. Mais je pense qu’il aurait été possible de rester dans le rythme d’avant ramadan. Un règlement interne peut bien définir le taux de remplissage d’une mosquée ouverte.

Est-ce que ramadan change vos habitudes de manière générale ?

C’est certain. C’est carrément un bouleversement auquel on ne s’attend pas au cours des premiers jours. Mais il y a des vertus. Personnellement, je me détache de la lassitude cumulée durant toute l’année pour enfin restaurer mon local. Là, je n’ai plus d’excuse. C’est le ramadan qui m’offre ça.

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