Reportage : après les annonces gouvernementales, la peur de manquer

Après les décisions de fermer plusieurs liaisons aériennes et de suspendre les cours au niveau de toutes les structures scolaires, annoncées le 13 mars, le pays est entré dans une nouvelle phase de panique. Une tension qui s’est poursuivie le lendemain, dès les premières heures de la matinée. Ambiance au supermarché.

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Yassine Toumi/TelQuel

La veille au soir, circulaient sur les réseaux sociaux des images et vidéos de personnes dans les différents supermarchés du pays, s’arrachant des sacs de farine et dévalisant les rayons de produits de première nécessité, par peur d’une pénurie qui serait causée par le coronavirus. Samedi 14 mars, TelQuel s’est rendu au centre commercial de Marjane Californie, pour constater si le mouvement de panique s’était calmé.

Le calme avant la tempête

La route est anormalement calme pour un samedi matin. Pas un embouteillage. Dix petites minutes suffisent pour se rendre au supermarché Marjane Californie. Face à un parking bien rempli et en travaux, on aperçoit quelques rares personnes qui accourent au magasin avec des cabas et de grands sacs de courses.

Les mains s’activent et renflouent les étales avant que les clients ne reviennent à la charge

De l’extérieur, la situation semble assez normale, plutôt calme. Mais l’ambiance change une fois dans l’enceinte du magasin. Les silhouettes se dessinent au fur et à mesure et laissent apercevoir une nuée de personnes aux caisses. À la recherche d’un éventuel caddie pour y mettre nos futurs achats, nos efforts furent vains. Nous sommes arrivés trop tard. Il est déjà 10 heures.

Les caisses du Marjane Californie, samedi 14 mars au matin.

Devant nous, une grande surface bondée de monde. Chaque client avec un voire plusieurs caddies pleins à craquer. Dans les rayons, deux ou trois salariés se chargent du réapprovisionnement en beurre, yaourts et autres produits frais. Il en est de même pour l’eau et les biscuits. Les mains s’activent et renflouent les étales avant que les clients ne reviennent à la charge.

Tout ce qui dure dans le temps et a une date de péremption éloignée semble bon à prendre

Des familles déambulent avec 15 litres d’huile, d’autres avec une dizaine de packs d’eau et trois sacs de farine, huit sacs de sucre, des viennoiseries, de la viande… La peur de manquer est indéniable et se fait visiblement autant ressentir que la veille. Certains ont mis des masques chirurgicaux à leurs enfants, d’autres camouflent simplement leur nez et leur bouche dans une écharpe de peur d’être contaminés.

Quand l’envie d’aller s’emparer d’un paquet de pâtes surgit, il faut savoir jouer des coudes. Après quelques contorsions pour éviter des caddies et clients du magasin, nous y parvenons. Des craquements sous les chaussures laissent deviner des restes de pâtes provenant de paquets éventrés sur les étagères. Idem au rayon légumineuses. Tout ce qui dure dans le temps et a une date de péremption éloignée semble bon à prendre.

Des caisses débordées

Aux caisses, c’est tout un système qui se met en place. La totalité n’est pas ouverte et chaque personne discute avec son voisin pour négocier la priorité de passage. “Juste pour vous signaler, Monsieur, qu’il y a un ordre. Cette dame est avant nous, puis moi, puis vous”, lance une femme à un client du magasin.

Caissiers et caissières s’activent, gants en latex aux mains et gel hydroalcoolique sur le coin du plan de travail

Les “bip” des caisses lors du passage des articles résonnent dans tout l’espace. Caissiers et caissières s’activent, gants en latex aux mains et gel hydroalcoolique sur le coin du plan de travail. De temps en temps, un employé de la grande surface passe avec des lingettes antibactériennes pour nettoyer les écrans que touchent les personnes aux caisses.

À chaque caisse, une personne employée du magasin aide les clients à ranger les courses dans les caddies et les sacs pour éviter les congestions et les agacements de la foule. Malgré cela, des éclats de voix se font parfois entendre, avec un mal de plus en plus marqué à prendre patience.

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