Sur le 29e sommet de la Ligue arabe, trois réponses d'expert

Les chefs des États membres de la Ligue arabe se sont réunis le 15 avril à Dhahran en Arabie saoudite. David Rigoulet-Roze, enseignant et chercheur rattaché à Institut français d'analyses stratégiques (IFAS), et auteur de l'ouvrage Géopolitique de l'Arabie saoudite, décrypte les enjeux de ce sommet.

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Le roi Salmane d'Arabie saoudite accueille les participants au Sommet de la Ligue arabe le 15 avril à Dhahran. Crédit: AFP PHOTO / Saudi Royal Palace

Telquel.ma: La Ligue arabe a appelé à « réactiver le processus politique » 24 heures après les frappes occidentales du 7 avril dernier sur les positions du régime syrien. Comment interpréter cette réaction?

Il s’agit d’une réaction prudente. L’Arabie saoudite a officiellement apporté son soutien à l’opération, mais certains États arabes ne partagent pas forcément la même position. L’Irak, du fait de sa proximité avec l’Iran, et le Liban, par le poids politique du Hezbollah sur l’échiquier libanais, demeurent beaucoup plus circonspects quant à la pertinence de ces frappes.

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Le sommet a réaffirmé son soutien à la cause palestinienne en déclarant que « Jérusalem-Est restera la capitale de la Palestine arabe ». Pourtant, le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed Ben Salmane estimait début avril que les Israéliens avaient aussi le « droit » d’avoir leur propre Etat. Est-ce une volte-face de l’Arabie Saoudite ?

La déclaration du roi Salmane s’efforce de réaffirmer la solidarité avec la cause palestinienne. C’est la raison pour laquelle il a attribué le nom d’Al Qods au sommet. Et il a d’ailleurs annoncé un don de 150 millions de dollars « pour soutenir l’administration des biens islamiques à Jérusalem-Est ». Cette déclaration permettait de dissiper les doutes émis par certains pays arabes quant à l’engagement saoudien dans la cause palestinienne.

Cela ne signifie pas que l’Arabie saoudite ait changé d’attitude. Quand Mohammed Ben Salmane fait sa déclaration le 3 avril 2018 dans une interview accordée à The Atlantic, il évoque la possibilité d’un État pour chacun des deux peuples. Cela s’inscrit dans le prolongement du Plan Abdallah de 2002 qui prônait déjà une normalisation complète avec Israël en échange de la restitution des territoires de 1967 après un accord définitif.

L’émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani n’était pas présent au sommet : est-ce que cela signifie que la ligne saoudienne anti-Qatar s’est imposée ?

La question de la crise diplomatique avec le Qatar a volontairement été exclue de l’agenda de la réunion pour éviter – tout comme la question syrienne – de faire ressortir les divisions éventuelles entre pays membres de la ligue. Même si l’émir ne s’est pas déplacé, le Qatar n’a pas été interdit de sommet, puisque le représentant qatari auprès de la Ligue arabe était présent.

Alors que Riyad reproche au Qatar sa proximité avec l’Iran, les Emirats Arabes Unis reprochent quant à eux au Qatar ses liens avec les Frères musulmans. Si le royaume saoudien cherche à renforcer son soft power, on ne peut cependant pas dire que la ligne saoudienne se soit complètement imposée.

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