« En Marche Maroc » : les Marocains qui tombent sous le charme d'Emmanuel Macron

« En Marche Maroc », antenne du mouvement français d'Emmanuel Macron, a été créé en septembre 2016. Parmi les quelques 500 adhérents revendiqués figure une trentaine de Marocains, dont son fondateur.

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Crédit : GEORGES GOBET / AFP

Le mouvement « En marche Maroc » souhaite accueillir dès le mois de mars 2017 Emmanuel Macron, candidat à la présidence française et ancien ministre de l’Economie. Un rapprochement qui a déjà lieu alors que le 5 janvier, et pour la deuxième fois en mois de deux mois, Bariza Khiari, sénatrice française et ambassadrice d’Emmanuel Macron, viendra le temps d’une rencontre à Casablanca.

Elle est attendue par les quelques 500 membres répartis dans cinq villes marocaines. Si les Français résidant au Maroc et les binationaux franco-marocains forment la majorité des adhérents, parmi eux se glisse une trentaine de Marocains. Dont Hamza Hraoui, le fondateur même de l’antenne marocaine du mouvement « En marche ».

« Je veux m’engager politiquement au Maroc mais je ne trouve aucune formation qui me corresponde », déclare Hamza Hraoui, qui n’est pas binational. Jamais engagé en politique avant de fonder le mouvement, le jeune marocain qui travaille dans une entreprise de communication espère pourtant que cette initiative innovante venue de France pourra changer les choses au Maroc.

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Une niche pour les jeunes marocains éduqués

« Je ne suis pas française de papiers, mais bien française de cœur », affirme fièrement Zineb Cherkaoui qui avait déjà adhéré au mouvement français dès avril 2016. Etudiante en cinquième année à HEM Business School de Rabat, elle a « une passion pour la politique, notamment française». La jeune marocaine de 23 ans se sent impliquée par ce qui se passe en France dont elle suit activement les médias alors qu’elle n’a jamais vécu ou étudié de l’autre côté de la Méditerranée. Un attachement à la France qui est notamment lié à l’histoire des deux pays.

La jeune étudiante n’est pas seule dans ce cas. Hamza Bakkach, 28 ans, est entrepreneur dans le domaine du digital marketing. Originaire de Casablanca, il s’est engagé dès le lancement du mouvement au Maroc quand il en a entendu parler par des amis franco-marocains.

La plupart des locaux qui s’engagent dans le mouvement de soutien à Emmanuel Macron sont des jeunes « dynamiques et actifs, qui viennent de milieux urbains et éduqués », décrit Hamza Hraoui, qui admet que le mouvement s’adresse à une partie de la population marocaine assez élitiste. « Le FDG parle aussi uniquement aux citoyens éduqués, elle ne s’adresse pas à la base », se justifie-t-il.

Ras-le-bol des partis politiques traditionnels

Zineb Cherkaoui avait pensé à s’engager en politique. « J’avais pensé au FDG, le parti de Nabila Mounib », avoue-t-elle. « Mais les partis historiques ne collaient pas à mes attentes », explique celle qui était à la recherche d’un parti innovant au Maroc. Désormais, elle participe aux réunions de « En marche Maroc » et s’occupe même de la page Facebook.

Si, pour elle, c’est un premier engagement en politique, pour d’autres, c’est plutôt une reconversion. « Plusieurs viennent du PAM ou de l’USFP », explique Hamza Hraoui. Par exemple, son collègue Hamza Bakkach est membre de secteur des ingénieurs USFP et leur représentant au sein de la commission administrative de l’Union nationale des ingénieurs marocains (UNIM). « Je souhaite acquérir plus d’expérience au niveau de la structure et de la mobilisation avec l’ambition d’apporter de nouvelles propositions en politique et surtout au niveau de la gauche. Paralysée par ses divisions, elle ne parvient pas à porter de projet progressiste crédible », explique le jeune homme de 28 ans qui a commencé à s’engager en politique en 2012.

Pour le fondateur de « En marche Maroc », ni le PJD ni l’USFP ni aucun autre parti traditionnel ne font l’effort de s’adresser aux jeunes. Pourtant, le RNI avait tenté de se rapprocher des jeunes lors du discours d’Aziz Akhannouch à la jeunesse de Tiznit le 21 novembre. Il les avait appelé à « s’impliquer dans la vie politique et ne pas laisser le terrain aux autres ». Pour cela « ne regardez ni à gauche ni à droite, gardez le cap », avait-il déclaré.

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Hamza Hraoui avait alors eu quelques espoirs lorsqu’Aziz Akhannouch avait pris les rênes du RNI suite à la débâcle de son parti aux élections législatives. Mais la déception a été rapide : « J’y ai cru quand Akhannouch a montré sa volonté de transformer le parti en véritable force politique libérale, mais je prends mes distances tant qu’il ne prouve pas qu’il veut réellement engager une transformation profonde du parti », se désole Hamza Hraoui.

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Il explique alors que le discours d’Emmanuel Macron fonctionne autant au Maroc qu’en France car il existe le même ras-le-bol des élites politiques. « Les gens ne s’identifient plus aux hommes politiques au Maroc, il y a une défiance générale. Le taux d’abstention aux élections a toujours été significatif dans notre pays », analyse Hamza Hraoui qui critique les politiciens « sortis d’une machine à apparatchik ».

Une autre façon de faire de la politique ?

Un discours tout droit sorti des paroles d’Emmanuel Macron, homme politique qui joue sur son passé de banquier d’affaires chez Rotschild. Il s’applique alors à travailler son image de celui qui n’a jamais voulu construire une « carrière » en politique. « Faire de la politique ne peut plus et ne doit plus être un métier, mais un engagement limité dans le temps », rabâche-t-il sur son site. Un discours bien rôdé repris tel quel par les adhérents marocains.

« J’ai aussi aimé l’idée de démocratie participative et j’aimerais la voir arriver au Maroc », explique Zineb Cherkaoui. « Il faut reprendre la démarche et la façon de faire mais pas l’idéologie », explique-t-elle, consciente qu’il est impossible de calquer directement le modèle français.

« Si je soutiens le mouvement, c’est pour m’en inspirer mais je veux le contextualiser au Maroc », explique Hamza Hraoui qui a été influencé par la politique française lorsqu’il s’était engagé auprès de François Hollande pendant la campagne de 2012. Le jeune homme ambitieux ne s’en cache pas : il veut faire de la politique. Et ce mouvement pourrait bien être un tremplin.

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