Les trois défis qui attendent la diplomatie marocaine en Europe

Le nouvel ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne avait été nommé en février 2016. Ahmed Réda Chami a pris ses fonctions le 5 décembre. Voici les enjeux auxquels il va devoir faire face.

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Ahmed Réda Chami - Crédit : Yassine Toumi / TelQuel

C’est par un Tweet enjoué que le nouvel ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne avait annoncé sa nomination en février dernier. Ahmed Réda Chami, ancien ministre du commerce entre 2007 et 2012 et ex-président du groupe parlementaire de l’USFP, a été reçu, le 5 décembre à Bruxelles, par le président du Conseil de l’UE, Donald Tusk. Lors de cette audience, il a présenté ses lettres de créance en tant qu’ambassadeur chef de mission du Maroc auprès de l’Union européenne. La mission de Reda Chami ne sera pas de tout repos, alors que les relations entre le Maroc et l’Union européenne connaissent périodiquement des épisodes de tensions.

Des accords de pêche

En 2014, des accords de pêche ont été ratifiés par le roi Mohammed VI après avoir été signés en 2013. Les dits accords permettent à 120 navires européens provenant de 11 pays de l’Union européenne de pêcher dans les eaux marocaines. En contrepartie, l’Union européenne doit verser 30 millions d’euros de compensation au Maroc, dont 16 millions sont versés au titre de l’accès aux eaux marocaines, tandis que 14 millions seront destinés au soutien du secteur halieutique.

En août 2016, l’association Western Sahara Campaign UK a « contesté » la validité de cet accord par une plainte déposée devant la justice britannique et transférée aux instances européennes. L’association s’est insurgée contre l’application de cet accord aux provinces du Sud, au motif que celui-ci fait référence au « territoire souverain du Maroc tel que reconnu par les Nations Unies et l’Union européenne excluant ainsi […] les produits originaires du Sahara ».

L’Union européenne a aussi proposé la création d’un quota de pêche pour l’espadon de Méditerranée, surexploité depuis des décennies. Un quota qui a été voté fin novembre. Pour l’année 2017, il serait fixé à 10 500 tonnes pour la région méditerranéenne. Le plan de reconstitution sur 15 ans (2017-2031), proposé par l’UE, prévoit que le quota serait ensuite réduit de 3 % par an, de 2018 à 2022. Des quotas qui ne seront pas sans conséquences pour le Maroc, alors que selon la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Cicta), les exportations d’espadons du Maroc « dépassaient ses prises de 185 tonnes en moyenne » de 2007 à 2011.

Les accords agricoles

Les accords agricoles signés entre le Maroc et l’Union européenne en 2012 constitue un autre dossier sensible. Le 10 décembre 2015, le tribunal de la Cour de justice de l’UE avait annulé une partie de l’accord commercial qui porte sur les produits agricoles, suite à la demande du Front Polisario.

Le Maroc a, alors, décidé de suspendre ses contacts avec l’UE à partir du 25 février afin de faire pression. Ce gel des relations se termine le 17 mars 2016, suite à la visite de la haute représentante aux affaires étrangères européennes, Federica Mogherini, à Rabat. Alors que le pourvoi en appel a été déposé le 29 mars, l’audience a été tenue le 19 juillet. Le 13 septembre, la Cour a annoncé qu’elle souhaitait un rétablissement de l’accord puisqu’elle considère que le Polisario « n’a ni la qualité ni la légitimité » de représenter les intérêts de la région.

Partenariat sur les migrations

Le 7 juin 2013, l’Union européenne et le Maroc ont signé un partenariat pour gérer les flux migratoires entre le Maroc et l’Union européenne. Ce partenariat pour la mobilité (PPM) a été signé entre l’UE, le Maroc et neuf États membres : la France, l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Pays-Bas, le Portugal, la Suède et le Royaume-Uni.

« Je me réjouis que le Maroc soit le tout premier pays du pourtour méditerranéen avec qui l’UE s’engage dans un tel partenariat » avait indiqué Cecilia Malmström, la commissaire européenne au commerce, en marge du conseil européen « justice et affaires intérieures ». L’accord propose, notamment, de lutter contre les réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains.

Ce partenariat est d’autant plus important en cette période de lutte contre le terrorisme. Pour l’instant, le Maroc a surtout des accords bilatéraux avec les différents pays de l’Union. En septembre, Mohamed Hassad avait été reçu à Bruxelles afin de négocier les conditions du « statut avancé » du Maroc. Ce statut, adopté en 2008 permet, entre autres, de participer à l’Europol, l’office de police européen, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la criminalité internationale.

 

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