Transparency Maroc dénonce le mutisme autour de l’affaire Samir

Face au mutisme du gouvernement, l’ONG Transparency Maroc estime qu’il faut mener une enquête pénale sur les circonstances de la faillite de la Samir.

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La Samir à Mohammedia © Yassine Toumi

Les circonstances qui ont conduit à l’enlisement de la Samir semblent opaques comme un baril de pétrole brut. Dans un communiqué publié le 15 avril, l’ONG Transparency Maroc «exhorte le gouvernement à […] diligenter une enquête administrative et financière approfondie et déclencher les poursuites disciplinaires et pénales appropriées à la lumière de ses conclusions». Propriété du milliardaire saoudien Al Amoudi depuis sa privatisation en 1997, la raffinerie de Mohammedia est en liquidation judiciaire depuis une décision du tribunal de commerce de Casablanca le 21 mars.

L’ardoise à la crèmerie du coin

«On engage une procédure comme s’il s’agissait de la crèmerie du coin», déplore un membre du bureau exécutif de Transparency Maroc qui s’est penché sur la question de la Samir sur proposition du Conseil national de l’association reconnue d’utilité publique. Composée « de juristes, d’hommes d’affaires, de journalistes », une petite commission au sein de Transparency a recoupé ses informations collectées auprès de son réseau, avec celle de la décision du tribunal de commerce de Casablanca pour arriver à la conclusion que «la perspective de poursuivre l’activité de raffinage par la dévolution de la Samir à d’autres opérateurs ne saurait couvrir la multitude de délits financiers et de complicités qui ont contribué à sa déroute.» En d’autres termes, «on va effacer l’ardoise des dettes colossales de la Samir et l’État va perde 20 milliards de dirhams sans que ne soit établis aucune responsabilité», résume notre source.

Pour lui, «il y a un déficit de gouvernance sur la question depuis 20 ans». Depuis la privatisation de la Samir, en réalité. «Pourquoi a-t-on privatisé une entreprise qui marchait dans un secteur stratégique ?», interroge-t-il. Le communiqué de Transparency pointe d’ailleurs du doigt «le pantouflage dont a bénéficié le ministre responsable de cette cession en se retrouvant à la tête de la direction générale de la nouvelle société Samir et la confidentialité qui a été maintenue autour du cahier des charges qui aurait imposé des investissements lourds». Sans le nommer, Transparency fait ici référence à Abderrahmane Saaidi, ministre chargé de la Privatisation dans les gouvernements Filali I et II, avant devenir DG de la Samir, fraîchement privatisée sous son mandat.

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Pas un centime en 20 ans

«L’actionnaire n’a pas apporté un centime en 20 ans. Il a fonctionné sur des crédits d’impôt et des crédits à court terme », dénonce un membre du bureau de Transparency. Tant et si bien, que les difficultés financières apparaissent dès 2009, et conduisent irrémédiablement à la liquidation. «Si la solution adoptée n’est pas pénale, c’est qu’on ne veut pas relever les responsabilités économiques et politiques de toutes les autorités qui ont permis cette accumulation de dettes. Aux impôts, dans les banques, le commissaire aux comptes, à la Caisse de compensation, aux douanes, à la Régie des ports…» analyse-t-il.

Aussi, en plus de demander des poursuites pénales Transparency appelle le gouvernement à «mettre fin au mutisme qu’il a observé sur cette affaire et à la désinformation qui a prévalu à son sujet» et d’«en tirer les enseignements sur le pouvoir discrétionnaire dont jouissent les autorités administratives et financières en matière de contrôle financier et fiscal et de recouvrement de redevances publiques.» Incantatoire peut-être pour une association. «On est bien incapable de mesurer concrètement l’impact de nos rapports», reconnaît notre source, «mais on espère au moins qu’on prendra acte que ceux qui devraient agir restent muets dans cette affaire».

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