Sondage exclusif : Les ministres paient le prix de leurs “dérapages” médiatiques

Le sondage Tizi-Averty révèle que les ministres les moins populaires sont Charafat Afailal, Rachid Belmokhtar et Hakima Elhaité. La classe politique a du progrès à faire en matière de com'.

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Crédit : Yassine Toumi et COP Paris/Flickr.

Les ministres auxquels les sondés du dernier baromètre politique Tizi-Averty (réalisé en mars dernier par Internet auprès de 1 098 personnes) font le moins confiance sont Charafat Afilal, ministre déléguée chargée de l’Eau, Rachid Belmokhtar, ministre de l’Éducation nationale et Hakima Elhaité, ministre déléguée chargée de l’Environnement. La note de confiance accordée à chacun d’entre eux a baissé d’environ 40 % en un an. Tout au long des cinq éditions du baromètre, ils n’ont jamais réalisé une variation aussi importante, ce qui laisse croire à une chute due aux récentes polémiques.

Charafat Afilal et Hakima Elhaité sanctionnées pour leur imprudence orale

Interpellée sur un plateau télé sur la retraite des parlementaires, Charafat Afilal a affirmé en décembre 2015 : «Un parlementaire travaille toute sa vie pour ne toucher à la fin que deux francs». Dix jours plus tard, Hakima Elhaité, dans une émission télévisée, affirme travailler «22 heures par jour».

«Déjà, ce sont des femmes, et en tant que femmes, elles sont davantage critiquables», estime Leila Ouachi, experte en communication politique. Ouachi ajoute que la ministre PPS de l’Eau a commis une faute puisque sa sortie concerne le pouvoir d’achat des Marocains. Selon elle, Hakima Elhaité «connaît son domaine, mais c’est une femme coquette donc on la taxe vite de bourgeoise. Les gens ne lui font pas confiance.»

«Internet ne pardonne pas et un responsable politique se doit d’évaluer le poids de chaque mot prononcé. Il doit  soigneusement préparer ses sorties médiatiques. Un discours spontané n’existe pas en politique», nous explique Raja Bensaoud, enseignante et spécialiste en communication de crise, qui se rappelle les railleries qui ont suivi le passage de Mustapha El Khalfi sur Europe 1 (19ème sur 32 ministres).

Pourtant, à en croire Leila Ouachi, beaucoup de ministres ne préparent pas leurs interventions publiques. Ils ne suivent pas de cours de mediatraining, alors que beaucoup de leurs homologues africains s’y sont mis. «La communication est une science», énonce-t-elle.

Rachid Belmokthar, un silence qui coûte ?

Rachid Belmokthar, sur la deuxième marche du podium des mal-aimés n’a, lui, pas dérapé lors d’une sortie médiatique. Pour sa part, c’est plutôt son manque de communication qui semble lui porter préjudice. Rachid Belmokhtar a été critiqué publiquement par Abdelilah Benkirane à propos de sa décision d’enseigner en français de nouvelles matières au lycée. «La francisation de ces matières ne sera pas faite et c’est moi qui ai été nommé chef du gouvernement, pas Rachid Belmokhtar» a lancé, courroucé, le chef du PJD au parlement. Mais «Il a mal réagi, ou plutôt pas réagi justement», commente Leila Ouachi. D’après elle, la nature du portefeuille géré et le fait que l’homme communique peu sur ses réalisations (l’allègement du programme scolaire ou le zonage des vacances scolaires par exemple) participent à son impopularité.

Enfin, s’il n’est pas au bas du podium, un autre ministre a vu sa popularité chuter : Salaheddine Mezouar, très exposé ces derniers mois dans la gestion de la crise opposant la diplomatie marocaine au secrétaire général de l’ONU sur la question du Sahara. En octobre 2015, invité à la télévision, il retient l’attention quand il évoque un entretien avec son homologue suédoise, en assurant que ses arguments ont déstabilisé et fait «ébranler» son interlocutrice.

Aziz Akhannouch, Houcine El Ouardi et M’barka Bouaida, les plus populaires

Les ministres auxquels les sondés accordent le plus leur confiance restent inchangés au fil des sondages : Aziz Akhannouch, Houcine El Ouardi et M’barka Bouaida. Lors du dernier baromètre, Leïla Ouachi, nous avait déjà livré son explication : «Ils n’arrivent pas en tête pour des raisons d’appartenance politique mais pour leurs décisions». Une analyse qui était partagée par Mohamed Berrada, de l’institut Tizi, qui estimait à propos de Houcine El Ouardi qu’ «il est normal qu’il soit arrivé premier, cet urgentiste de profession connaît parfaitement son domaine». Et à propos de Aziz Akhannouch : «Il a lancé des réformes, comme le Plan Maroc vert, qui portent leurs résultats», estimant que «c’est un technocrate qui est reconnu pour sa compétence».

M’barka Bouaida, quant à elle, échappe à cette logique puisque son administration n’a a priori pas d’impact direct sur le pouvoir d’achat des Marocains. «En effet, son score est étonnant par rapport aux autres. Cependant, elle a été très médiatisée ces derniers temps et elle jouit d’un bon capital sympathie auprès des jeunes et des femmes. En plus, on ne lui connaît pas de bourde, contrairement à d’autres ministres», commente un autre membre de l’équipe de Tizi.

Lire aussi : Sondage. Pourquoi Akhannouch et El Ouardi sont-ils si populaires ?

Les réseaux sociaux, une arme contre le bad buzz ?

«Les politiques doivent désormais composer avec une nouvelle communication, celle du hashtag, du buzz et du like», estime Rajae Bensaoud. Pour celle qui estime que «tout homme et toute femme politique est censé être un bon communiquant», Internet augmente les conséquences d’un dérapage verbal. «Aujourd’hui, Le Web a rebattu les cartes de la communication politique. Chaque internaute est un petit média et ceci est particulièrement vrai sur les réseaux sociaux, espaces plébiscités par les internautes marocains.»

D’après cette experte en communication, la présence des politiques sur les réseaux sociaux peut justement les aider à mieux gérer ces situations de crise. «Une présence sur le Web les expose mais c’est le meilleur moyen pour surveiller ce qui se dit sur eux, […] réagir à des signaux faibles avant qu’ils ne prennent une ampleur qui peut les dépasser et éviter de mettre de l’huile sur le feu.» Et de préciser : «Gérer une crise de communication, c’est d’abord du prédictif, de la veille et de l’alerte en permanence. Et il n’y a pas pire moment de rentrer dans le Web social que lors d’une crise. C’est pour cela qu’il faut y être bien avant. Et travailler sa e-réputation en amont». Pourtant, elle estime que les politiques marocains sont encore trop réticents à investir les réseaux sociaux. Rachid Belmokhtar, par exemple, n’a ni compte Facebook, ni compte Twitter.

Lire aussi : Com’ digitale – Comment s’en sortent nos politiques ?

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