Reporters sans frontière établit un rapport accablant sur Daech

L’ONG Reporters sans frontières livre un rapport sur l’incapacité journalistique à se pencher sur l’organisation terroriste Daech.

Par

AFP

Intitulé « Djihad contre le journalisme », le rapport de Reporters sans frontière est alarmant. Il décrit de manière détaillée, l’incapacité pour les journalistes à rendre compte réellement de ce qu’est le quotidien de Daech, l’organisation terroriste. En cause, la difficulté qu’ont les professionnels des médias à se rendre sur les territoires occupés par les combattants de l’Etat Islamique (EI), en raison de l’insécurité.

Plus qu’un simple constat sur le sort reservé aux journalistes qui s’aventurent en Irak et en Syrie, l’ONG va plus loin en exposant la stratégie médiatique de Daech. Citant le spécialiste de l’Islam, Mathieu Guidère, Reporters sans frontière constate que cette dernière s’établit en deux grand axes : le premier, entre 2012 et 2014, consistait pour Daech à s’en prendre aux journalistes par opportunisme, dans le seul but de faire du buzz .  « Lorsqu’ils tuaient cinquante personnes dans la population locale, pas une ligne n’était écrite à ce sujet dans la presse internationale , alors qu’en tuant un journaliste, ils créaient un buzz mondial. Ils recherchaient ce type de publicité pour se faire un nom », explique ainsi Mathieu Guidère. En revanche, désormais, l’organisation souhaite accentuer sa communication sur la construction d’un réel Etat et cherche, pour se faire, à instaurer davantage une « codification des relations avec les professionnels de l’information. » À ce titre, les responsables du service de presse  de Daech feraient même un tri entre journalistes hostiles et neutres, voire favorable à leur cause, selon Reporters sans frontière.

Les onze commandements de la presse

L’ONG dévoile également dans son rapport, les onze commandements de la presse établis par Daech en 2014. Si le nom prête à sourire, les articles qui en découlent sont effrayants : ils ordonnent les procédures à suivre pour un journaliste qui souhaite parler de l’Etat Islamique. Ces derniers peuvent par exemple « travailler directement avec des agences de presse internationales (comme Reuters, AFP et AP), ils doivent éviter toutes les chaînes de télévision par satellite, internationales et locales. » Ils n’ont pas le droit de fournir des éléments exclusifs ou d’avoir des contacts avec des médias indépendants, à quelque titre que ce soit.

Outre ces commandements totalement contraires à la liberté de la presse, la dixième règle interpelle davantage : cette dernière stipule que « les règles ne sont pas définitives et peuvent changer à tout moment selon les circonstances, le degré de coopération des journalistes et leur engagement envers leurs homologues des services de presse de l’État islamique. » Autrement dit, si l’on suit le code établit par l’organisation terroriste, être journaliste chargé de couvrir l’Etat Islamique, sur « ses » terres, en revient à risquer pleinement sa vie, en plus de s’opposer à ses valeurs déontologiques.

Les médias incitent-ils à la montée de l’ultraviolence ?

Reporters sans frontière rappelle également que la montée en puissance des images ultraviolentes, véhiculées par Daech, sont directement liées à la présence médiatique de l’organisation dans les titres de presse du monde entier. Pour l’ONG « les images ultraviolentes du groupe terroriste restent sa « signature » et son principal vecteur de propagande. » Conscients que leurs images seront -en partie- relayées par la presse étrangère, pour un coût quasi-inexistant, Daech ne semble plus se fixer de limite dans l’horreur : « Las des prisonniers brûlés dans des cages, attachés aux colonnes de Palmyre avant d’être explosés, exécutés en masse d’une rafale de Kalachnikov ou décapités, ses militants explorent sans cesse de nouveaux types de perversions et de supplices », rapporte ainsi l’ONG. Le rôle des médias est par conséquent mis en avant, dans cette constatation.

Enquêter sur les terres de Daech : mission impossible

Dans son rapport, Reporters sans frontières s’inquiète également du manque de visibilité et de liberté d’actions des reporters de guerre, en Syrie et en Irak. Même si certains journalistes ont pu rapporter des témoignages de personnes, présentes dans les villes contrôlées par l’Etat Islamique ou même filmer des groupes de combattants, la question de la veracité de l’information subsiste. « Comment garantir la véracité d’une information obtenue sous contrôle ? » s’interroge Reporters sans frontière

article suivant

Transport, administrations, cafés : le pass vaccinal adopté à partir de ce jeudi 21 octobre (Officiel)