Alami Lazrak, patron d'Alliances, perd ses filiales BTP

Les choses empirent pour Alliances Développement. Les entreprises du groupe EMT amorcent la liquidation judiciaire. Le PDG d’ADI semble accueillir la nouvelle avec optimisme. Explications.

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Alami Lazrak, PDG d'Alliances. Crédit : Yassine Toumi.

Depuis le 8 décembre dernier, le groupe EMT comprenant EMT bâtiment et EMT routes, filiale du promoteur immobilier Alliances Développement (ADI), a déposé une procédure de liquidation judiciaire auprès du président du tribunal de commerce de Casablanca. Ce 29 décembre, le  groupe ADI présidé par Mohamed Alami Lazrak se fend d’un communiqué dans lequel il annonce avoir : « pris note de cette décision qui n’aura pas de conséquence sur l’activité de promotion immobilière et évaluera le moment venu l’impact comptable de cette situation ». Difficile à croire, lorsque l’on sait que la filiale EMT est principalement à l’origine des déboires financiers du groupe Alliances.

L’entreprise annonce aussi son retrait : «des métiers de travaux publics et de construction». Dans le cadre de sa restructuration, elle espère un recentrage sur le volet promotion immobilière. Cette réorganisation repose notamment sur le traitement de la dette bancaire qui s’élève à 4 milliards de dirhams. Le promoteur annonce un remboursement de près de 2 milliards de dirhams de sa créance privée. Le reliquat dû aux créanciers : «fera l’objet d’un reprofilage dont le mécanisme et les caractéristiques de mise en œuvre sont aujourd’hui en cours de discussion avancée avec les parties prenantes, la finalisation de cette opération devant se faire au cours du premier trimestre 2016».

Toujours est-il qu’Alliances Développement estime opportun de revenir sur les conditions d’acquisition du groupe EMT. L’opérateur rappelle qu’en 2009, en partenariat avec le fond Moroccan Infrastructure Fund, MIF, des participations dans les sociétés familiales EMT et Somadiaz ont été acquises. ADI a donc acheté 69% du capital des EMT et 69 % de Somadiaz pour un montant de 250 millions de dirhams.

ADI souligne également que les négociations menées durant la procédure de règlement amiable n’ont pas abouti. L’ouverture de la liquidation judiciaire initiée par le groupe EMT a été déposée par Me Lahcen Adiym, avocat inscrit au barreau de Casablanca. Trois requêtes formulées aux noms de EMT, EMT bâtiment et EMT routes dont dispose Telquel.ma, rappellent les conditions financières et la crise sociale que traverse le groupe EMT.

Les justifications pour la liquidation

L’avocat signale aussi l’envoie d’une missive à Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement afin d’activer le recouvrement d’un montant de 440 millions de dirhams auprès des administrations publiques, donneuses d’ordre aux entreprises EMT. Par ailleurs, il est également indiqué que dans le cadre de la restructuration de EMT, de 2015 à 2016, les charges du personnel ont drastiquement diminué passant de 110 millions de dirhams à 10 millions de dirhams. A ce sujet, le récent communiqué d’ADI précise que : « les actions de restructuration menées par l’équipe dirigeante ont permis le règlement des plans sociaux (…) mais n’ont malheureusement pas été suffisantes pour surmonter les difficultés auxquelles ces sociétés étaient confrontées et éviter l’ouverture des procédures collectives ».

Autres arguments exposés au président du tribunal de commerce de Casablanca, par Me Mohamed Adiym afin de justifier le recours à la liquidation judiciaire, on retrouve :

–          le déséquilibre entre les dépenses et les bénéfices concernant certains marchés

–          la non-remise des liquidités par des actionnaires par rapport à d’autres actionnaires du groupe ADI,

–          l’importance des dépenses générales et des dépenses courantes : ce qui alourdit le  budget de la société par rapport à son chiffre d’affaires.

–          les saisies opérées par des tiers sur les biens et les comptes bancaires de l’entreprise.

–          les plaintes judiciaires déposées par ses employés et ses prestataires à l’encontre de la société, rendent la situation difficile. C’est pourquoi la société n’a pas pu honorer ses dettes.

–          les revenus de l’entreprise se trouvent en grande partie entre les mains de clients insolvables.

Il aura fallu moins de 7 ans à Mohamed Alami Lazrak, PDG d’ADI pour perdre son bras « construction et génie civil » et subir le contrecoup des marchés publics.

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