Ahmed Raïssouni : « On devrait avorter les militants pour le droit à l'avortement »

Position paradoxale que celle d'Ahmed Raïssouni. Pour le cheikh, l'avortement devrait être permis « uniquement pour se débarrasser des futurs militants pour le droit à l'avortement ».

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Crédit : AIC Press

Depuis l’ouverture du débat sur l’avortement, avec les sanctions prises un temps à l’encontre du professeur Chafik Chraïbi, figure de proue de la lutte contre l’avortement clandestin, tout le monde a son mot à dire sur la question. Ainsi, Ahmed Raïssouni, bras droit d’Al-Qaradaoui [théologien égyptien proche des Frères musulmans, ndlr] et vice-président de la controversée Union mondiale des ouléma musulmans, n’a pas hésité à faire part de sa position sur sur son site officiel.

Dans un article publié le 14 mars dernier, ex président du Mouvement unicité et réforme (MUR, considéré comme la matrice idéologique du PJD) exprime une position des plus insolites. «  L’avortement devrait être permis dans un seul cas. Celui des futurs militants pour la légalisation de ce dernier. Il serait convenable d’avorter ces fœtus qui lutteront par la suite pour cette question  », déclare-t-il, et ce afin de « débarrasser la société de leurs luttes  ». Le savant déplore enfin que «  les avancées scientifiques ne permettent pas de les détecter en amont  ».

«  Immuniser les sexes des femmes et féconder les utérus  »

Le 16 mars, Ahmed Raïssouni est encore revenu à la charge sur son site officiel en fournissant une « analyse » plus poussée. Pour lui, l’ouverture de ce débat n’est qu’un « combat entre les islamistes et les modernistes ». Ces derniers «  se cachent derrière le prétexte de la lutte contre l’avortement clandestin alors qu’ils ne veulent qu’une loi permissive  », s’insurge-t-il. Pour le théologien marocain, «  s’ils voulaient vraiment lutter contre l’avortement clandestin, ils auraient combattu les coupables de ces actes, que ce soient les femmes enceintes ou les médecins qui le pratiquent  ».

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Pour Ahmed Raïssouni, «  les avortistes (sic) se concentrent dans leur philosophie sur la liberté sexuelle, et comme la grossesse constitue un obstacle à leur liberté, ils veulent s’en débarrasser en facilitant la procédure de l’avortement  ».  En conclusion, le bras droit d’Al-Qaradaoui déplore que «  les partisans de l’avortement veulent libérer les sexes des femmes et bloquer les utérus, les islamistes veulent immuniser les sexes des femmes et féconder les utérus ».

Une position qui diffère clairement de celle qu’il a professée dans un long entretien accordé au quotidien Al Massae, il y a un peu plus de deux ans. Il s’était alors prononcé en faveur de l’avortement dans certains cas encadrés par la loi.

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