Charlie Hebdo: le livre de 30 Marocains contre les amalgames – Telquel.ma

Charlie Hebdo: le livre de 30 Marocains contre les amalgames

Trente intellectuels marocains ont présenté au Siel le livre qu'ils ont écrit pour exprimer leur stupeur mais aussi dénoncer les amalgames après l'attaque meurtrière contre Charlie Hebdo.

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De gauche à droite, quelques uns des 30 auteurs de "Ce qui nous somme": Bouthaina Azami, Ahmed Ghayat, Bahaa Trabelsi, Valerie Morales, Turtaba Calamy and Lamia Berca Berrada.
De gauche à droite, quelques uns des 30 auteurs: Bouthaina Azami, Ahmed Ghayet, Bahaa Trabelsi, Valerie Morales Attias, Murtada Calamy et Lamia Berrada-Berca. Crédit: AFP/ Fadel Senna

Dans un jeu de mots, le livre, présenté au salon du Livre de Casablanca (Siel), s’intitule Ce qui nous somme: réflexions marocaines après les événements des 7 au 11 janvier 2015 à Paris.

« La manifestation du 11 janvier (qui a réuni plus d’un million de personnes à Paris pour dénoncer les attaques, nldr), c’était magnifique. Mais, dès le lendemain, des amalgames se sont produits et on a oublié un peu l’essentiel. J’en étais malade», explique à l’AFP l’éditeur Abdelkader Retnani (« La croisée des chemins»). Il discute alors « longuement avec des amis», et l’idée germe. « Un livre! De ceux qui s’écrivent vite… Avec du coeur, de la raison», résume l’éditeur en préambule des 30 contributions d’écrivains, historiens ou politologues qui composent l’ouvrage.

« Par-delà les peurs, les bêtises et les préjugés»

Comme lui, beaucoup sont empreints de « culture marocaine mais aussi française», symbole des liens humains étroits qui unissent les deux pays. Ce qui nous somme s’ouvre par « une condamnation sans équivoque des barbaries», mais les textes sont ensuite d’une grande diversité, souligne encore Abdelkader Retnani. « J’espère qu’il permettra d’ouvrir des chantiers de réflexion communs par-delà les peurs, les bêtises et les préjugés», déclare de son côté Driss el Yazami, président du conseil national des droits humains (CNDH).

Dans sa contribution « Solitude de l’intellectuel de culture musulmane», l’écrivain Tahar Ben Jelloun estime également qu' »on ne peut plus se taire ou se contenter de dire ‘ce n’est pas ça l’islam’». Il évoque sans détour le dilemme né du « grand écart entre sa liberté de conscience dont il jouit en France et l’appartenance à la Oumma islamya qui ne lui permet pas d’exercer cette liberté». « Je n’approuvais pas la publication de ces caricatures tout en reconnaissant à leurs auteurs le droit de les faire et de les rendre publiques», écrit-il.

Quand au conseiller du roi Mohammed VI, André Azoulay, il a écrit: «Le moment est venu de dire, d’écrire et de faire savoir par nos témoignages que nos religions, nos cultures, nos histoires respectives ne doivent plus servir d’alibi ou de cache misère pour masquer plus longtemps ces réalités politiques qui imposent des réponses politiques. Entre juifs et musulmans aujourd’hui, les sujets qui fâchent ne sont ni religieux, ni culturels, ni historiques. Ils sont politiques et nos spritualités n’ont pas grand chose à y voir.»

D’autres textes sont nettement plus amers, notamment face aux actes islamophobes enregistrés en France. « Je ne parle pas le même français que certains propagandistes de l’islamophobie. (…) Le français qui est le mien est celui des Lumières, cette part universelle de la France qu’elle est en train de dilapider», assène Mohammed Ennaji, historien, sociologue et économiste.

Le livre Ce qui nous somme était présenté le 20 février au Siel, il est d’ores et déjà distribué au Maroc et doit paraître prochainement en France. Plus de 340 000 personnes ont visité la 21e édition du salon du livre qui s’est tenu du 13 au 22 février à Casablanca, contre 320.000 visiteurs lors de la précédente édition selon les organisateurs qui ont aussi souligné que 750 éditeurs représentant 44 pays ont participé.

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