Société

A Azemmour, émoi après l'immolation par le feu d'un élève

Image d'illustration Crédit : AFP
A Azemmour, émoi après l'immolation par le feu d'un élève
mars 09
12:21 2017
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Au lycée Moulay Bouchaïb d'Azemmour, l'immolation par le feu du jeune Hamid El Katay a déclenché la grogne d'une partie des élèves de la ville.

À Azemmour, le lycée Moulay Bouchaïb est encore sous le choc. Le 4 mars, l'élève Hamid El Katay s’est immolé par le feu dans l'établissement. Deux jours plus tard, environ 250 jeunes de différents établissements de la ville ont organisé une marche de protestation en solidarité avec leur camarade.

Le jeune homme, brûlé au niveau de la main, du pied gauche et du ventre, a publié une vidéo le 6 mars sur la page Facebook  intitulée Sauvez Azemmour pour raconter sa version des faits. "C'est le mépris qui m'a poussé à me faire brûler (...) Le mépris de mes camarades de classe, de l'administration et du commissariat", s'insurge-t-il.

 

"Il a refusé de sortir et a insulté l'enseignante"

Tout a commencé le 1er mars, lorsque le surveillant général appelle le directeur de l'école, Redouane El Koraichi, pour l'avertir que l'un des élèves refuse de sortir de classe. "La professeure de mathématiques n'ayant pas réussi à calmer les élèves, elle a déclaré que tous ceux dont le cahier ne serait pas à jour devraient sortir de classe. Celui d'Hamid El Katay ne l'était pas, mais il a refusé de sortir et a insulté l'enseignante", raconte le directeur de l'établissement qui n'a pas réussi lui non plus à raisonner le jeune homme.

Le jeune homme de 20 ans s'indigne de son côté, du mépris de son enseignante qu'il accuse d'acharnement. Une histoire qui ne date pas d'hier puisque déjà en 2014, Hamid El Katay avait eu des problèmes avec cette même professeure au sein de son ancien établissement, le lycée Omar Radia.

L'enseignante a alors demandé au chef d'établissement d'appeler la police pour porter plainte. "Elle a eu peur des menaces et des insultes de ce grand gaillard de 20 ans", explique l'un de ses collègues Abdelmoula Hmimina, professeur de philosophie au sein de l'établissement. Une fois au sein de l'établissement, la police embarque le jeune homme. "On m'a mis les menottes (...) et on m'a emmené au poste de police", rapporte Hamid El Katay, dans sa vidéo. La professeure accepte d'annuler sa plainte si l'élève promet de changer d'établissement. La plainte est effectivement retirée.

"Je l'ai vu asperger ses habits d'essence"

Trois jours plus tard, un professeur annonce à Hamid El Katay qu'il ne peut pas se rendre en classe tant que l'un de ses tuteurs ne s'est pas présenté, raconte le directeur. L'élève se rend alors dans le bureau du proviseur pour demander les raisons de ce refus. "J'ai répondu que tant que le conseil de discipline ne s'était pas réuni, nous ne pouvions rien faire. Je lui ai conseillé d'aller demander à son ancien lycée s'ils pouvaient le reprendre". Après avoir essuyé un refus à son ancien lycée, le jeune homme retourne au sein de l'établissement et réitère son souhait de continuer ses études au sein du lycée.

"Je suis allé dire au proviseur que (...) je risquais de compromettre mon avenir si on me mettait à la rue. Il a refusé de me parler", raconte le jeune homme dans la vidéo. Hamid El Katay descend alors dans la cour située devant la fenêtre du bureau du directeur. "Là, j'ai entendu un bruit de liquide qui se déverse. Je l'ai vu asperger ses habits d'essence. Je suis sorti, j'ai essayé de l'en empêcher puis il a couru à quelques mètres en dehors de l'établissement et il a pris feu", se souvient Redouane El Koraichi. Après l'avoir secouru, le directeur appelle la police et le jeune homme est transporté à l'hôpital de la ville d'El Jadida.

Un problème plus général

Deux jours plus tard, environ 250 étudiants de la ville d'Azemmour se réunissent pour manifester leur solidarité envers leur camarade. "Ces derniers ont constitué un groupe de représentants et ont ouvert un dialogue avec le directeur régional, le caïd et le responsable de la sûreté nationale", affirme le directeur de l'école. Comme le jeune homme le dit dans sa vidéo, les jeunes manifestants dénoncent le comportement de la professeure et de celui de la direction. "Ils accusent le directeur d'avoir appelé la police au lieu de calmer le jeu lui-même", explique un membre de l'antenne de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) à El Jadida.

De leur côté, les professeurs dénoncent le comportement de l'élève et leurs conditions de travail. "On nous demande 100% de taux de réussite, mais il faut voir le niveau des élèves et leur comportement. Donc oui souvent on n’a pas d'autres choix que d'enfreindre le règlement pour se faire respecter", s'agace Abdelmoula Hmimina.

Un groupe de professeurs devait, selon lui, présenter ces revendications à la direction régionale cet après-midi. Les enseignants s'insurgent entre autres contre le manque de matériel et de personnel, la prise unilatérale des décisions importantes par la direction ou encore l'occupation des terrains de sport par d'autres personnes que les lycéens.

Une enquête de l'AMDH est en cours. "Nous allons écouter les deux versions: celle des professeurs et de la direction et celle de Hamid", affirme notre source à l'AMDH. À ce jour, le jeune Hamid El Katay est rentré chez lui et attend le verdict du conseil de discipline. De leur côté, les étudiants ont prévu une nouvelle manifestation de solidarité le 13 mars.

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