Idées

Edito. Notre droit fondamental à disposer de notre corps

Crédit : TelQuel
Edito. Notre droit fondamental à disposer de notre corps
mars 22
09:21 2015
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Elle est terrible, la peur de la liberté. Elle paralyse tout un pays. Sous nos cieux bénis, cette peur fait taire un drame qui frappe chaque jour des centaines de femmes. Victimes d’avortement clandestin, elles meurent dans l’indifférence générale. « Elle n’avait qu’à garder l’enfant », entend-on chez les moralisateurs. Mais une femme qui veut avorter, avortera et souvent dans des conditions désastreuses pour elle, répond l’expérience du Dr Chafik Chraibi. Accorder ce choix aux femmes c’est les protéger. Un argument qui peut rassurer ceux et celles, les plus vertueux d’entre nous, qui ont peur que cette liberté de choisir conduise à lâcher la bride à la dépravation dans la société. Il est temps d’aller au-delà des arguments sanitaires : l’avortement est un acte de douleur, mais il est surtout un droit. Il est temps aussi que les lames aiguisées de la réprobation ne s’abattent plus sur celles qui font le choix d’avorter, majoritairement sans gaité de cœur comme l’a rappelé Simone Veil. Cette « conviction de femme » n’a pas été défendue par la ministre concernée, Bassima Hakkaoui, mais d’autres membres de son parti ont fait honneur à ce combat. Depuis le 16 mars, de réels espoirs sont permis, car un agenda a été fixé au plus haut sommet de l’Etat. Certains, frileux jusque-là, applaudissent l’ouverture du débat sur l’avortement, car il est porté par le roi. On les entend déjà clamer « Lay nsar sidna ! », peu importe pourquoi. D’autres, convaincus par la nécessité de la réforme, mais rétifs à l’interventionnisme du palais, critiquent avant même qu’elles soient faites ces propositions « exigées ». A tous, il faut rappeler qu’il s’agit pour nous, les femmes de ce pays, de se battre pour notre droit fondamental à disposer de notre corps. Au-delà des clivages, le combat pour la légalisation de l’avortement est juste, il donne la liberté de choisir aux femmes et la chance à des enfants de naître en étant désirés.

Retrouvez le dossier Avortement, Légalisez ! dans le numéro 661 de TelQuel. En kiosque du 20 au 26 mars 2015.

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  • Alal Maari

    Il est heureux de voir notre pays avancer vers le progrès et la reconnaissance du droit de La Femme à disposer de son corps. Le combat sera long peut être, difficile sûrement, mais on arrivera certainement à trouver une conciliation entre le droit de la femme à disposer de son corps et le droit de l'enfant à naître. C'est le sens de l'Histoire.

    Le fait que Le Roi intervienne dans ce dossier, comme il l'a fait pour l'adoption de la Moudawana doit amener à réfléchir sur la démocratie, ou plus exactement sur "le démocratisme" (foi absolue en la démocratie comme le meilleur système de gouvernance quelle que soient les données "socio-économique à un temps donné).

    Je m'explique, sans l'intervention "énergique" du Roi, la moudawana n'aurait certainement pas été adoptée (en tout cas pas aussi vite) car la société civile et les représentants du peuple à l'époque n'étaient pas franchement pour: je me souviens encore d'un débat de télévision où un professeur de quelque chose explique tranquillement que la femme n'a pas les mêmes facultés cérébrales qu'un homme..! Si on avait laissé le jeux démocratique faire son oeuvre, il n'aurait pas eu d'avancée significatives en la matière. Et personne à l'époque n'a crié au scandale parce que Le Roi a tapé du point sur la table et a forcé la main pour que la loi pour une plus grande égalité homme/femme soit adoptée.

    Cela me fait dire que parfois, il vaut mieux un bon despotisme éclairé qu'une tyrannie de la majorité (démocratie). Un despote éclairé est "celui qui fait le bonheur de son peuple malgré lui (Frédéric II de Prusse), car le peuple veut son bonheur mais il ne le voit pas toujours... Et ce n'est pas exagéré que de penser que nos monarques (Hassan II, M6) se situent dans la lignée des grands despotes éclairés européens qui ont posé les jalons de la modernisations des sociétés européennes (Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie...)
    C'est grâce à ce même despotisme éclairé que de grands dirigeants de sociétés musulmanes comme Mustapha Kemal ou Bourguiba ont accordé le droit de vote aux femmes par exemple: un débat démocratique à l'époque pour ces sociétés n'aurait été probablement que bavardage stérile.

    Le jour où 99% de la population sera lettrée, le jour où chaque citoyen aura un minimum de revenu pour vivre dignement, le jour où la classe politique aura intégré pleinement la notion de bien commun et d'intérêt général, ce jour là nous pourrons nous permettre d'avoir une monarchie constitutionnelle digne de ce nom à l'image de celle de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne.

  • Guest

    il faut plutôt soigner le mal à la racine, au lieu de légaliser l'avortement, il vaut mieux mettre l'accent sur l'éducation. Une femme qui connait les moyens de contraception (préservatif, pillule, etc.) n'aura pas à subir l'avortement qui n'est pas sans conséquence...
    Au lieu de se battre pour la légalisation de l'avortement, je me serais battu pou l'education. Un exemple: En Irlande l'IVG est interdit, mais les filles connaissent très bien les moyens de contrception,
    enfin c'est mon avis et ui n'engage que moi

  • youssef

    Ce qui me désole le plus dans cette affaire c'est l'absence d'un vrai débat de société. Y'en a marre de voir des "progressistes" faisant semblant que nous ne sommes pas un pays majoritairement musulman, qui veulent calquer à tout prix le modèle occidental sans aucun sens de critique. De l'autre coté des "conservateurs" ne considérant pas l'évolution réelle de la société. Cerise sur le gâteau, l'intervention du palais pour mettre fin au semblant de débat qui allait commencer. Sommes-nous un pays?

  • Marouane

    Il me parait que les "progressistes" se cachent derrière l'argument que la femme a le droit sur son corps, pour justifier l'extermination d'une vie humaine, alors qu'on oublie que quand la femme devient enceinte, son corps, devient partager entre deux entités, et ne l’apparient plus toute seule. Le seul autre exemple de polémique où la vie humaine est mis au jeu, est le droit à l’euthanasie, qui reste illégale au Maroc, comme dans nombreux pays "développés" notamment la France. La loi nie donc à un être humain soufrant d'une maladie incurable de mourir, même s'il exprime clairement sa volonté, et qu'il ne lui reste qu'une courte vie douloureuse, alors qu'on cherche à nier aux enfants à naître leur droit à la vie, pour la simple raison "qu'ils peuvent causer des désordres sociaux".
    En effet, la liberté de disposer de son corps ne peut pas justifier l'avortement, vue que l’enfant quittera le corps de la femme de toute façon dans neuf mois au plus, et que les chercheurs d’avortement n'ont pas pour finalité "libérer leurs corps d'un intrus". Si on cherche l'avortement, c'est pour se débarrasser de l'enfant pour la responsabilité social et matérielle qu'il représente, et dans ce sens, avorter est donc synonyme de laisser son bébé à la poubelle pour mourir (malheureusement ça se pratique), ou moins pire, le laisser à l’hôpital pour qu'il soit adopté.
    Il faut aussi préciser que légaliser l'avortement ne touche pas que les chercheurs d'avortement, ou que les femmes, il touche tous les membres de la société personnellement, dans la mesure où les membres de la société sont responsable moralement des pratiques autorisées, et ils ont donc le droit d'en décider démocratiquement.
    Il faut qu'on arrête d'avancer des arguments comme "ce crime se pratique dans le clandestin, qu'on le légalise alors", ou "j'avorte juste parce que je ne veut pas d'intrus dans mon corps", et dire clairement qu'on cherche à avorter pour cacher les relations hors mariage, que la société et la loi Marocaine culpabilise.

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