Mohammed El Rhabi, directeur général de l’École Marocaine des Sciences de l’Ingénieur (EMSI) - Crédits: DR

Mohammed El Rhabi : « L’ingénieur de demain devra penser avec l’IA, pas la subir »

Face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, des mutations profondes redessinent l’enseignement supérieur. Comment former des talents capables de penser avec la machine sans en devenir dépendants ? Le point avec Mohammed El Rhabi, directeur général de l’École Marocaine des Sciences de l’Ingénieur (EMSI).

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Comment l’enseignement supérieur peut-il s’adapter à la révolution numérique ?

Nous vivons une transformation profonde des métiers avec l’essor de l’intelligence artificielle. L’un des grands défis pour l’enseignement supérieur est de rationaliser son intégration : l’IA ne doit pas être un gadget, mais un levier pédagogique. Il faut dépasser l’usage génératif, souvent mal compris, pour former à une IA contextualisée, ancrée dans la donnée et adaptée aux besoins métiers. C’est un changement de paradigme, qui touche à la fois les contenus et les méthodes. L’ingénieur de demain devra penser avec l’IA, pas la subir. Il devra en comprendre les mécanismes, les limites et les usages, sans en devenir dépendant.

Comment l’EMSI prépare-t-elle ses étudiants à cette mutation ?

Nous avons adopté une approche progressive. D’abord, apprendre à nos étudiants — et enseignants — à maîtriser l’outil. Ensuite, l’intégrer dans les méthodes pédagogiques. Enfin, former aux disciplines qui en découlent : data science, cybersécurité, éthique. Nos filières accompagnent cette évolution : informatique et réseaux, génie industriel et génie civil (lancés dès 2008), génie financier (2016), et plus récemment génie électrique et systèmes intelligents (2024). Chacune d’elles répond à des besoins réels exprimés par les acteurs économiques. L’objectif est de former des ingénieurs pleinement conscients des enjeux technologiques, mais aussi capables de s’adapter à des environnements complexes et mouvants.

Vous parlez d’“architectes de solutions” plutôt que d’ingénieurs classiques. Pourquoi ?

Le rôle de l’ingénieur change. On ne lui demande plus seulement de coder ou de modéliser, mais de comprendre des systèmes, de les orchestrer avec agilité. L’“ingénieur augmenté” ne sera pas remplaçable par une IA, car il saura articuler technologie, usages et impacts. D’où l’importance d’intégrer des compétences transversales : culture scientifique, sociologie, éthique. C’est pourquoi nous avons intégré un module d’humanités profondes — et non de simples soft skills — dans le cursus. Cette vision s’appuie sur notre réseau de plus de 28 000 lauréats présents dans tous les secteurs, au Maroc comme à l’international, et sur nos 15 000 élèves-ingénieurs.

Quel rôle joue l’entreprise dans ce modèle ?

Un rôle essentiel. Trop souvent, elle intervient tardivement. Nous l’impliquons dès la première année : projets collaboratifs, partenariats, immersion dans des environnements mixtes. Un ingénieur travaille avec des juristes, des designers, des marketeurs. Il doit savoir vulgariser, traduire une idée technique en solution utile. Et pour renforcer cet ancrage, nous misons aussi sur la proximité territoriale avec l’écosystème. Présents dans tout le pays avec 18 campus, nous nous apprêtons à ouvrir un nouveau site à Casa-Anfa dès septembre 2025.