Investir dans les infrastructures de réseau fixe : un jalon essentiel pour la digitalisation des pays du Maghreb

Par Adnane Ben Halima

Le taux de pénétration de téléphonie mobile en Afrique est en progression constante, mais de nombreuses disparités existent encore sur le continent. Il en est de même entre téléphonie mobile et Internet fixe. Les réseaux fixes sont souvent délaissés en Afrique, et souffrent d’un sous-investissement notoire de la part des États africains, ce qui se répercute de manière très claire sur la vitesse du réseau.

Adnane Ben Halima est vice-président en charge des relations publiques de Huawei pour la région Méditerranée.

Au Maroc par exemple, on estime que le taux de pénétration mobile culmine à 131 %. Belle prouesse ! En termes de réseaux fixes en revanche, la situation se révèle bien plus contrastée. Au Maroc, la vitesse de l’Internet fixe (fibre optique, ADSL) est en moyenne de 18,5 Mb/s, un chiffre très loin de la moyenne mondiale qui culmine à 73,6 Mb/s.

La raison derrière ce sous-investissement dans les réseaux fixes est simple : le coût du sans-fil est beaucoup plus intéressant. La mise en place d’infrastructures fixes est chronophage et onéreuse, ce qui explique le découplage de la vitesse de son développement par rapport à celle des réseaux mobiles. C’est ainsi que l’Internet wireless s’est imposé comme la solution alternative par rapport au réseau fixe.

Aujourd’hui, cette tendance du tout-wireless atteint pourtant ses limites, et les réseaux mobiles ne suffisent plus. L’exercice de substitution du fixe par le mobile, qui marchait jusque-là, présente des failles considérables : les réseaux mobiles ne peuvent pas absorber tout le trafic. Il y a donc une réflexion à avoir sur la partie fixe des réseaux au Maroc, et plus largement dans les pays du Maghreb. Avoir des infrastructures fixes optimales, c’est garantir le bon développement d’un écosystème numérique au Maghreb, facteur de croissance et de développement.

“Avoir des infrastructures fixes optimales, c’est garantir le bon développement d’un écosystème numérique au Maghreb, facteur de croissance et de développement”

Adnane Ben Halima

Prenons quelques exemples : la faiblesse du débit Internet est très préjudiciable pour l’enseignement à distance. La crise sanitaire a prouvé à quel point il était nécessaire de penser l’enseignement différemment, notamment à travers la digitalisation des procédures. Au moins 1,5 milliard d’élèves et 63 millions d’enseignants du primaire et du secondaire ont été touchés par les perturbations sans précédent causées par la pandémie de Covid-19, avec la fermeture d’écoles dans 191 pays à travers le monde. L’enseignement à distance est venu répondre à cette difficulté. Mais l’éducation par écran interposé ne peut être efficace que si la connexion Internet est optimale.

Il en va de même dans le domaine de la santé : le développement de la e-santé, qui doit permettre grâce à des consultations à distance de respecter les distances physiques imposées par la lutte contre le Covid-19, est indéniablement tributaire d’une bonne performance Internet.

Enfin, on ne peut prétendre à une digitalisation des administrations gouvernementales si l’Internet fixe n’est pas suffisamment performant. Par effet de ricochet, ce manque d’infrastructures fixes entrave la croissance économique du Maghreb, là où le manque d’investissement à la base pouvait répondre à des questions d’ordre budgétaire.

Pour prétendre à la digitalisation des États et des économies, il nous faut donc investir dans de vraies infrastructures de téléphonie fixe. Il est nécessaire que cela soit pensé et intégré dans les stratégies nationales. En Tunisie par exemple, est discuté en ce moment le projet de réseau national à large bande, également appelé National Broadband Network (NBN).

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En parallèle de ces stratégies nationales émanant des autorités publiques, il faut repenser les partenariats public-privé, afin de bénéficier de l’expertise des opérateurs privés. Les gouvernements ne doivent pas agir en acteurs isolés. Chez Huawei, nous accompagnons les États partenaires dans leur transition digitale. Par exemple, en Algérie, le réseau de fibre optique FTTH (Fiber to the Home) amène la fibre optique au plus près de l’utilisateur et permet d’augmenter la qualité du service réseau. Ce projet a pour ambition d’assurer une communication plus équilibrée entre usagers du réseau : visioconférence, Peer to Peer, téléphonie sur IP, sauvegarde en ligne, le tout avec un débit d’une efficacité inégalée.

Soyons donc à la hauteur de l’ambition numérique que nous nourrissons pour notre région, et développons des stratégies de réseaux de téléphonie et d’Internet fixes, afin d’assurer un véritable épanouissement de l’écosystème des TIC au Maghreb.

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