Vous lancez au GITEX Future Health Africa des tests rapides multiplex. En quoi est-ce un tournant pour le diagnostic médical ?
Karim Zaher : Les tests multiplex changent la logique du diagnostic. Au lieu de rechercher un seul agent infectieux à la fois, ils permettent de détecter plusieurs pathogènes en une seule analyse, à partir d’un seul prélèvement. C’est un gain de temps pour le médecin, le laboratoire et le patient. Face à des symptômes proches, comme la fièvre, les causes peuvent être très différentes. Un test multiplex permet d’orienter plus vite la prise en charge et de limiter les examens successifs.
Cette technologie répond-elle aussi à un enjeu de souveraineté sanitaire ?
Oui. Le Maroc reste très dépendant des importations dans le dispositif médical. La souveraineté sanitaire ne concerne pas seulement les médicaments ou les vaccins. Elle doit aussi couvrir le diagnostic, les réactifs, les consommables et les équipements de laboratoire. Sans capacité industrielle locale, un pays reste vulnérable aux ruptures et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Comment Gigalab s’est-il positionné sur cette chaîne industrielle ?
Gigalab est né d’une conviction : le Maroc peut produire localement des tests médicaux fiables, adaptés à ses besoins et à ceux du continent africain. Depuis 2021, nous disposons d’une usine à Casablanca, avec un investissement de 50 millions de dirhams et une équipe d’une soixantaine de personnes qualifiées. Nous avons développé des tests pour le Covid-19, le monkeypox, la malaria, le VIH, les hépatites, le streptocoque et les tests de grossesse.
Quelles pathologies peuvent être ciblées en priorité ?
Les infections respiratoires constituent un premier champ : Covid-19, grippe, virus respiratoire syncytial. En période épidémique, identifier vite le bon pathogène permet d’éviter des traitements inutiles et d’améliorer la surveillance sanitaire. Les gastro-entérites sont un autre domaine important, avec la détection simultanée de virus, bactéries et parasites.
Le diagnostic rapide peut-il alléger les coûts du système de santé ?
Oui, car le coût ne se limite pas au prix du test. Il faut intégrer le temps médical, les examens répétés, les traitements inadaptés, les hospitalisations évitables et la mobilisation des ressources médicales . Un diagnostic rapide peut accélérer la bonne décision thérapeutique . C’est aussi un outil pour mieux piloter les épidémies.
Qu’est-ce qui freine encore l’émergence d’une industrie marocaine du diagnostic ?
Le premier frein, c’est l’accès au marché. Un industriel peut investir, recruter et certifier ses produits. Mais si les appels d’offres continuent de privilégier les importateurs, l’écosystème local ne peut pas grandir. Il faut une commande publique qui donne une place réelle aux producteurs marocains, avec des critères de qualité, de traçabilité et de performance. La souveraineté sanitaire se construit aussi par les achats.
Le Maroc peut-il devenir une plateforme africaine du diagnostic médical ?
C’est notre ambition. Les besoins africains en diagnostic sont immenses, notamment pour les maladies infectieuses et émergentes. Le Maroc dispose d’atouts réels : stabilité, savoir-faire médical, position géographique et capacité industrielle. Mais pour exporter, il faut d’abord que les produits marocains soient reconnus et utilisés localement. GITEX Future Health Africa est une vitrine utile pour porter cette ambition.
