Formation : À l’Académie Mohammed VI de football, on forme pour gagner

L’Académie Mohammed VI de football est devenue l’une des matrices les plus visibles du renouveau sportif marocain. Avant les titres, les podiums et les soirs de gloire, il y a ce travail plus discret : détecter, former, accompagner, transmettre. Une fabrique de champions.

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Il y a les buts qui entrent dans l’histoire. Et puis il y a les endroits où ils commencent, longtemps avant que le ballon ne quitte un crâne, un pied ou une pelouse mondiale. Le 10 décembre 2022, à Doha, Youssef En-Nesyri s’élève pour devancer de la tête Ruben Dias et Diogo Costa, suspend le temps, puis propulse le Maroc en demi-finale de Coupe du Monde.

Ce jour-là, le monde découvre peut-être un peu mieux ce que le Maroc savait déjà. En-Nesyri n’est pas sorti de nulle part. Pas plus que Nayef Aguerd. Pas plus qu’Azzedine Ounahi, grande révélation du Mondial qatari, ce milieu fluide, élégant, presque insolent de facilité, que Luis Enrique lui-même avait pointé comme l’une des révélations du tournoi. Visages et histoires différentes, un même fil rouge : l’Académie Mohammed VI de Football.

Depuis sa création en 2009, l’Académie n’a jamais voulu être un simple centre de formation, édifié à Salé, sur 18 hectares,. Elle porte une ambition plus large : former des joueurs, évidemment, mais aussi des hommes capables de comprendre ce que signifie représenter un pays.

Au nom du “made in Morocco”

L’Académie Mohammed VI est née du constat qu’il fallait détecter plus tôt, encadrer mieux, accompagner plus longtemps et éviter que le talent ne se perde entre deux terrains. Son modèle repose sur une idée simple, mais décisive : on ne forme pas un joueur uniquement en travaillant son contrôle orienté, sa vitesse ou sa lecture du jeu. On le forme aussi dans une salle de classe, dans un dortoir, dans une discussion avec un éducateur, dans la gestion d’une frustration, dans le respect d’un horaire, dans l’apprentissage du collectif. L’Académie a bâti sa réputation sur cette double exigence : le footballeur et l’homme.

À l’Académie, la formation ne s’arrête pas au rectangle vert. Elle se joue dans l’épaisseur du quotidien. Le suivi scolaire, l’encadrement psychologique, la préparation physique, l’accompagnement médical, l’éducation tactique, l’hygiène de vie, la gestion de la pression : tout participe à la fabrication d’un joueur complet. C’est ce qui permet à l’Académie de ne pas seulement produire des profils techniques, mais des jeunes capables d’entrer plus vite dans les exigences du haut niveau.

Cette philosophie commence dès la détection. Avant même l’entrée à l’Académie, il faut regarder le joueur, mais aussi l’enfant. Ses qualités, son environnement, son rapport à l’effort, sa capacité à écouter, à vivre dans un groupe, à accepter des règles, à supporter l’éloignement et à grandir dans un cadre exigeant.

“On ne cible pas que les joueurs bons techniquement, mais aussi des monstres physiques, des génies tactiques et surtout des enfants bien éduqués aussi. Le football ne fait pas tout, il faut prendre en compte leur capacité à s’adapter à la vie au sein de l’Académie, ses principes, tout…”

Mohammed, l’un des recruteurs de l’Académie Mohammed VI (AMF)

Mohammed, l’un des recruteurs de l’Académie Mohammed VI (AMF), nous raconte cette approche sans détour, en marge du dernier tournoi international de l’AMF: “On ne cible pas que les joueurs bons techniquement, mais aussi des monstres physiques, des génies tactiques et surtout des enfants bien éduqués aussi. Le football ne fait pas tout, il faut prendre en compte leur capacité à s’adapter à la vie au sein de l’Académie, ses principes, tout…”

Le même recruteur se souvient ainsi du cas Oussama Targhalline, passé par l’Académie avant de poursuivre sa trajectoire jusqu’au haut niveau : “Je me souviens lorsque j’ai détecté Oussama Targhalline, il fallait que je me concerte avec sa famille, son entourage pour le connaître de plus près avant de le proposer aux responsables ici.”

Former aussi les cadres

Former avant de gagner ne concerne pas seulement les joueurs. Le Maroc ne peut pas bâtir un football durable uniquement avec des talents. Il lui faut des cadres. Des éducateurs. Des entraîneurs. Des recruteurs. Des anciens joueurs capables de transmettre ce que le très haut niveau exige vraiment. C’est là que le “made in Morocco” prend tout son sens. Il ne s’agit pas seulement de former des joueurs marocains pour les envoyer vers les championnats européens.

Il s’agit aussi de construire une expertise locale, enracinée, capable de lire le football marocain de l’intérieur. Un ancien joueur de haut niveau ne regarde pas un adolescent comme un simple technicien. Il sait reconnaître un geste, mais aussi une attitude. Il sait ce que vaut une mauvaise réaction après une perte de balle, une baisse d’intensité après un duel, un regard qui fuit la consigne ou, au contraire, une capacité rare à apprendre très vite. En marge de son travail au sein de l’Académie, l’entraîneur passe ses diplômes CAF, bien encadré par ses compères, sous la houlette de la direction technique nationale.

Tarik Sektioui incarne bien cette passerelle. Avant d’obtenir ses diplômes et voler de ses propres ailes, il a fait ses premiers pas d’éducateur à l’Académie Mohammed VI de Football. Une première école, presque un laboratoire, avant de se bâtir l’un des palmarès les plus garnis de l’histoire récente du football marocain sur un banc. Vainqueur de la Coupe du Trône avec le MAS de Fès, il a ensuite enfilé le survêtement des équipes nationales avec la même réussite : champion du Championnat d’Afrique des Nations, champion de la Coupe arabe quelques mois plus tard, et surtout médaillé de bronze avec les Lionceaux aux Jeux Olympiques de Paris 2024.

Son parcours raconte quelque chose d’important. L’Académie ne sert pas seulement à faire éclore des joueurs. Elle sert aussi à fabriquer des regards, des méthodes, des habitudes de travail. Elle offre à d’anciens joueurs un cadre où transmettre, apprendre à encadrer, structurer une idée du jeu et comprendre que la formation est un métier à part entière. C’est cette chaîne-là que l’Académie tente de consolider.

Un tournoi, une vitrine, un message

Le tournoi international U19 de l’Académie Mohammed VI est devenu l’un des marqueurs de cette ambition. Chaque année, il transforme Salé en carrefour du football de formation. Pour sa 8e édition, en 2026, le rendez-vous a réuni des académies venues de plusieurs continents, avec des noms qui disent immédiatement le niveau de l’affiche : Aspire Academy, Nottingham Forest, Boca Juniors, Stade Rennais, Hajduk Split, entre autres. Un petit atlas du football de demain, posé quelques jours sur les terrains marocains. Ce tournoi n’est pas seulement une compétition de jeunes. C’est un fief de talents. Un paradis de scouts. Un lieu où les recruteurs viennent regarder de près ce que les clubs et académies des cinq continents préparent pour demain. Dans les tribunes, les carnets se remplissent, les regards s’attardent, les profils se comparent. Sur le terrain, les jeunes apprennent ce qu’aucun entraînement ne peut totalement reproduire : jouer contre d’autres écoles, d’autres cultures, d’autres intensités.

“Cette génération a tout pour réussir, le talent, mais aussi la discipline tactique nécessaire et beaucoup de maturité compte tenu du jeune âge des joueurs. On a du talent, mais aussi de la volonté, du respect, et de la niaque. Tout ce qu’il faut pour être la star de demain.”

Tarik Khazri, directeur du recrutement de l’Académie

En 2026, l’Académie Mohammed VI a remporté son tournoi pour la première fois, au bout du suspense. Le symbole est fort. Gagner chez soi, dans un tournoi devenu référence, face à des académies habituées à produire des talents pour les grands marchés européens et sud-américains, ce n’est pas anodin. Tarik Khazri, directeur du recrutement de l’Académie, ne cache pas sa fierté devant cette génération. À TelQuel, il confie : “Cette génération a tout pour réussir, le talent, mais aussi la discipline tactique nécessaire et beaucoup de maturité compte tenu du jeune âge des joueurs. On a du talent, mais aussi de la volonté, du respect, et de la niaque. Tout ce qu’il faut pour être la star de demain.”

Les Lions de la gagne

L’un des grands acquis du football marocain récent tient à cette continuité entre les catégories. Les jeunes ne sont plus seulement là pour promettre. Ils servent à préparer. Ils portent déjà une exigence de compétition, une culture du résultat, une conscience du maillot. La génération championne du monde U20, avec plusieurs éléments passés par l’Académie, dont le capitaine Houssam Essadak et le meilleur buteur, Yassir Zabiri en est l’illustration la plus éclatante. Elle n’a pas seulement gagné un tournoi. Elle a validé une méthode.

C’est toute la différence entre un pays qui attend l’apparition d’une génération spontanée et un pays qui travaille à la provoquer. L’Académie Mohammed VI n’a pas vocation à produire tous les joueurs marocains de demain. Ce serait impossible, et même contraire à la richesse du football national. Mais elle fixe un standard.

À l’heure où le Maroc prépare l’horizon 2030, cette dimension devient essentielle. Organiser, accueillir, rayonner, oui. Mais pour que l’héritage soit réel, il faut aussi produire. Des joueurs. Des cadres. Des habitudes. Des convictions. Des générations capables de ne pas seulement admirer les héros de 2022, mais de les prolonger.

Le Maroc ne peut pas bâtir un footaball durable uniquement avec des talents. Il lui faut des cadres. Des éducateurs.

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