La scène pourrait presque sembler familière. Un tournoi régional, un parfum de rivalité tranquille qui flotte dans l’air, des stades qataris illuminés où se croisent dialectes et drapeaux, et le Maroc qui débarque, non pas avec ses stars de Paris ou Manchester, mais avec une équipe A’ aux contours encore en construction.
Pourtant, derrière cette apparente douceur, la Coupe Arabe 2025 porte un autre sens, presque plus lourd qu’on ne le dit : c’est un défi. Un vrai. Peut-être même plus qu’on ne veuille le reconnaître.
Parce que ce tournoi, quelque part, raconte l’état du football marocain aujourd’hui : ambitieux, observé, attendu. Fini le temps où l’on venait pour participer, serrer quelques mains et repartir avec l’excuse “équipe remaniée”. L’ADN a changé. Le Maroc ne joue plus pour cocher une case, il joue pour gagner.
Et quand on gagne, on est attendu. Surtout lorsqu’on arrive avec un statut : celui d’un pays qui a bousculé les hiérarchies mondiales, qui collectionne les finales africaines, et qui a remis la formation et la compétition locale au centre du jeu.
Une compétition régionale, une rivalité continentale
La Coupe Arabe n’est pas une CAN miniature, ni une Coupe du Monde des cousins, mais un espace singulier où l’affect se mélange au défi. On y retrouve des voisins qui se connaissent trop, qui ont une mémoire longue, et qui n’ont jamais vraiment su célébrer la réussite de l’autre.
Le souvenir de 2021 reste dans les têtes : élimination face à l’Algérie en quart, au terme d’un match où tout avait ressemblé à une finale avant l’heure. Frustration au bout, portes refermées trop tôt. Quatre ans plus tard, l’histoire offre une possibilité : faire mieux, laver l’affront, installer le Maroc durablement sur cette scène régionale que le football africain nous demande d’occuper.
Cette année, presque tous les Nord-africains engagés ont choisi la même stratégie : aligner des équipes alternatives, préparatoires à la CAN qui approche. L’Égypte expérimente, la Tunisie cherche son souffle, l’Algérie reconstruit.
Le Maroc, lui, assume son choix. Tarik Sektioui arrive avec une A’, moitié vainqueur du CHAN, moitié expatriés du Golfe, un mélange qui sent le potentiel et le risque. Une équipe qui ne manque ni de talent ni de caractère, mais qui découvre le terrain ensemble, avec l’obligation de créer des automatismes en accéléré.
Un début sérieux, mais un rythme à trouver
L’entrée en lice contre les Comores a rassuré tout le monde. Un 3-1 appliqué, des intentions claires, des séquences qui promettent. L’équipe a montré qu’elle avait du coffre et que la victoire pouvait être le point de départ d’un tournoi solide.
Puis est venu Oman d’un certain Carlos Queiroz. Un adversaire discipliné, compact, difficile à désorganiser. Et soudain, la réalité du projet marocain est apparue : quand le bloc d’en face ne craque pas, il faut de la créativité. Ce 0-0 est moins un frein qu’un rappel. Une équipe A’ n’est pas un bouton on/off. Elle se construit, elle s’ajuste, elle se découvre.

On sait que jouer tous les trois jours est la règle tacite de ce genre de compétition. Le rythme use, teste la profondeur du banc, met en valeur la cohérence collective.
C’est ici que le Maroc doit grandir. L’enthousiasme CHAN existe, le vécu aussi, mais ceux qui évoluent dans les championnats du Golfe doivent trouver leurs repères, sentir le tempo, comprendre la mécanique Sektioui. Le match face à Oman l’a dit sans détour : la qualité est là, l’idée aussi, il manque encore la continuité. Et cette continuité se gagne en tournoi, pas à l’entraînement.
Sortir du groupe, première mission avant plus grand
Le Maroc partage sa poule avec les Comores, Oman et l’Arabie Saoudite. Trois équipes venues avec leurs groupes principaux, huilés par les compétitions régionales et habitués à jouer ensemble. C’est là que réside la difficulté. Le Maroc, paradoxalement favori, doit faire mieux que des équipes déjà prêtes. S’imposer dans un tel groupe n’a rien d’anodin : c’est le ticket pour les matchs qui comptent, ceux où les souvenirs naissent et où les rivalités s’aiguisent.
Car au-delà du classement, l’enjeu est identitaire. Les parcours récents des sélections marocaines — A, U23, U20, féminines, futsal — ont installé une exigence nouvelle. Le pays attend, observe, analyse. On ne se contente plus d’une bonne impression. On veut une trace, un message, un trophée si possible. Sektioui le répète : l’objectif n’est pas de figurer, mais de s’imposer.
Un tournoi miroir
La Coupe Arabe reflète toujours quelque chose : de l’orgueil, de la fierté, parfois des frustrations anciennes. Elle raconte les relations entre Maghrébins qui se croisent, se défient et se connaissent par cœur. Elle révèle les ambitions nouvelles des pays du Golfe, désireux d’exister sur la scène sportive. Elle pose le Maroc face à une question simple : continuer la marche en avant ou entrer dans une zone grise où le doute s’installe.
Avec une équipe remodelée, un sélectionneur qui veut construire, et un contexte où chaque match pèse, le Maroc avance avec prudence mais détermination. Deux pages plus loin dans la compétition, tout peut basculer. Une qualification tranquille, un choc contre un voisin, une demi-finale qui chauffe les réseaux, ou, pourquoi pas, un titre qui installe définitivement cette génération dans le paysage.
La Coupe Arabe est un test. Pas un examen final, mais un passage obligatoire. Et si le Maroc veut continuer à grandir, il sait ce qu’il lui reste à faire : avancer, encore, sans regarder derrière.
