Système d'information du ministère de l'Éducation : des progrès notables mais sans vision globale pour la Cour des comptes

La Cour des comptes a publié les conclusions de sa mission de contrôle portant sur la gestion du système d'information du secteur de l'éducation nationale, couvrant la période 2015-2023. Si l'institution reconnaît « les efforts importants déployés par le ministère pour développer ce système et en faire un levier essentiel pour la promotion du secteur éducatif », elle pointe néanmoins plusieurs faiblesses structurelles nécessitant des corrections.

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Cour des comptes. Crédit: DR

Le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports s’appuie sur un portefeuille informatique comprenant 23 applications, dont les plateformes « Massar », dédiée à la gestion des parcours scolaires de millions d’élèves, et « GRESA », destinée à la gestion des infrastructures éducatives. L’infrastructure repose sur un centre de données principal et deux centres de secours.

Toutefois, la Cour constate que seules 7 fonctions de base sur 17 sont entièrement couvertes par des applications informatiques, tandis que 10 fonctions ne le sont que partiellement. La documentation des processus métiers reste limitée : « les processus sont décrits partiellement, sans documents détaillés précisant leur enchaînement, les rôles, et les règles de gestion ».

L’étude révèle « une pression accrue sur les ressources disponibles, principalement due à l’usage intensif des applications « Massar » et « ESISE » ». Le taux d’utilisation de la mémoire par « Massar » a atteint 80%, avec des niveaux critiques dépassant 90% durant les périodes de pointe.

La Cour relève également « l’absence de documentation officielle des procédures organisationnelles de base relatives à la gestion et à l’exploitation du centre de données ». Environ 330 établissements sur un total de 11.909 ne disposent toujours pas d’accès Internet.

S’agissant de la gestion des bases de données, le ministère dispose de plus de 40 bases actives et de 28 instances de synchronisation, sans architecture de référence officielle. la Cour a constaté « l’absence d’une vision globale et d’un pilotage central efficace de la gestion des bases de données ».

Le cadre de gouvernance actuel « ne permet pas suffisamment d’assurer une conduite efficace du système d’information ni d’en faire un levier central pour atteindre les objectifs métiers et stratégiques du ministère », estime la Cour. L’institution déplore « l’absence d’une vision globale actualisée, la faiblesse dans la définition des rôles et responsabilités, l’insuffisance des mécanismes de coordination et de suivi ».

La Cour relève également « l’absence d’un cadre global d’évaluation des décisions d’investissement informatique, ainsi que l’absence d’évaluation de l’impact socio-économique des projets ».

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Sur la période 2015-2023, deux catégories de projets ont été mises en œuvre pour un budget total d’environ 183 millions de dirhams. Malgré l’adoption de certaines méthodes modernes, la Cour note « l’absence de fondements méthodologiques solides dans la préparation, la planification, le suivi et l’exécution ».

L’évaluation a posteriori n’est pas activée pour les projets de cette période, « ce qui empêche de tirer les enseignements des succès/échecs ». Le système « Raed » destiné au pilotage n’a été utilisé qu’entre 2018 et 2021.

Concernant l’assurance qualité, les tests sont souvent réalisés sans plan préalable, et « la séparation entre environnement de test et environnement de production est fréquemment absente ».

Les taux d’usage des applications demeurent préoccupants : 33% des applications ne sont pas utilisées par les académies régionales, 19% sont exploitées partiellement, et 48% seulement sont pleinement utilisées.

Du côté des usagers, « Moutamadris » n’est utilisé que par 55% des élèves ciblés, l’application « Wali » affiche un taux de connexion de 1% des inscrits, et la version mobile « Modarris » n’atteint que 6,6%.

Sécurité : une maturité cyber insuffisante

Bien que le ministère dispose d’une politique de sécurité adoptée en 2014, la Cour relève « des insuffisances de maturité cyber : absence de mise à jour périodique de la politique, faiblesse de certains contrôles ». Il note que « plusieurs serveurs fonctionnent encore avec des versions de systèmes d’exploitation antérieures à 2012 en environnement de production, faute de stratégie de mise à niveau ». Les tests du plan de continuité et de reprise d’activité ne sont pas réguliers, les derniers remontant à 2020-2021.

La Cour recommande notamment de poursuivre la documentation des processus métiers, de renforcer la gestion des projets, d’améliorer la synchronisation des systèmes et de consolider la sécurité informatique.