Face à la menace imminente d’un coup d’État, le pouvoir de Patrice Talon a appelé ses voisins et partenaires de la CEDEAO à la rescousse. Dès le 7 décembre, au cœur de la tentative de putsch avortée du lieutenant-colonel Tigri, le Nigéria, la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone et le Ghana ont annoncé le déploiement de soldats sur le sol béninois. Objectif : “stabiliser le pays” et “préserver l’ordre constitutionnel”… mais pas que. En effet, l’une des prises des forces mutines – la télévision nationale à Cotonou – a été bombardée par l’aviation nigériane en parallèle d’autres sites stratégiques.
Ce n’est pas la première fois que des membres de la CEDEAO interviennent militairement pour tuer dans l’œuf la naissance d’une junte au sein de l’organisation : en janvier 2017, alors que le gouvernement gambien refusait de céder le pouvoir à ses opposants démocratiquement élus, le Sénégal, le Ghana, le Nigéria, le Mali et le Togo avaient mené une opération pour assurer la transition démocratique.
Mais depuis, quatre membres fondateurs de l’organisation ont connu un coup d’État militaire sans que la CEDEAO n’intervienne (Mali, Burkina Faso, Niger et Guinée Bissau). En 2023, au Niger, il avait été question d’envoyer l’armée combattre les putschistes et réinstaller Mohamed Bazoum – le président – au pouvoir, mais l’opération n’a jamais été lancée. Selon RFI, c’est justement l’une des raisons qui ont poussé la CEDEAO à intervenir au Bénin. “Attention, si on prend la décision d’y aller, il faut y aller”, auraient averti les Ivoiriens. Les Nigérians, qui avaient abandonné le projet d’intervenir à Niamey, auraient assuré : “Ça ne sera pas comme au Niger”. Pour le président sierra-léonais Julius Maada Bio, intervenir “est une question de crédibilité. Si nous n’intervenons pas cette fois-ci au Bénin, c’en est fini pour notre organisation”.
En effet, l’ombre projetée par l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina, Niger) sur la CEDEAO menace les fondements de l’organisation. Les médias officiels de ces trois juntes, toutes formées à la suite d’un coup d’État militaire, ont d’ailleurs soutenu la tentative de Pascal Tigri. La tension s’est cristallisée le 8 décembre autour de l’atterrissage en urgence d’un avion de l’armée nigériane en territoire burkinabè. L’Alliance n’a pas manqué de dénoncer un “acte inamical” et un survol illégal de son territoire; tandis que le Nigéria assure que l’équipage a dû faire face à un défi technique, la forçant à atterrir dans l’aéroport le plus proche, “conformément aux protocoles internationaux”.
Enfin, Patrice Talon a également fait appel à la France pour le sortir de cette situation délicate. L’Élysée confirme ainsi avoir apporté un “appui en termes de surveillance et d’observation et de soutien logistique” aux forces béninoises et de la CEDEAO. Selon certaines sources, que TelQuel n’a pas pu vérifier avec certitude, un avion de reconnaissance français de type B350 ISR aurait même survolé la capitale économique du Bénin en continu dans la journée du 7 décembre.
Alors qu’une tentative de putsch se déroule depuis ce matin au #Bénin, un avion de surveillance de l’armée française (opéré par CAE aviation) effectue une ronde depuis plus de 2 heures dans le ciel de Cotonou.
Le gouvernement de Patrice Talon annonce avoir déjoué le coup… pic.twitter.com/qPGEIitRng
— THOMAS DIETRICH (@thomasdietrich0) December 7, 2025
