Mali-Algérie : après les insultes et les menaces, le dégel

Après des mois de relations glaciales, et en passant par des chemins de traverse, l'Algérie a officiellement renoué avec son voisin malien. Que signifie le retour d'Abdelmadjid Tebboune dans le jeu sahélien ?

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Assimi Goita et Abdelmajid Tebboune se sont appelés et ont entamé un dégel des relations entre le Mali et l'Algérie Crédit: DR

Après le ciel, les ambassades : Alger et Bamako renouent fil après fil. Au terme de 15 mois de tensions, menaces et insultes jusque devant l’Assemblée générale des Nations unies, les deux voisins se sont enfin réconciliés. Ou du moins leurs relations sont entrées dans une phase de dégel.

La brouille officielle commence le 31 mars 2025 quand un drone de reconnaissance malien est abattu à la frontière entre les deux pays. Dans la foulée, Alger revendique l’attaque : le drone aurait “pénétré l’espace aérien national”. L’appareil est en toute vraisemblance en mission pour recueillir des informations sur les ennemis jurés du président Assimi Goïta : les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA).

Quelques mois plus tôt, pour la première fois depuis la reprise des combats en septembre 2023, ces derniers s’étaient ostensiblement associés avec les jihadistes de Jama’at nusrat al islam wa al muslimeen (JNIM, Al-Qaïda au Sahel). C’était au cours d’une opération ayant mis en déroute les Forces armées maliennes (FAMA) et la milice russe de Wagner à Tinzaouaten. Le bilan, selon les estimations : 84 pertes russes, 47 maliennes. Un désastre pour Bamako, à la frontière algérienne. Dans ce contexte, l’attaque d’un drone malien est non seulement malvenue, mais elle confirme tout ce que la junte malienne pense alors de son voisin au nord.

Car c’est à Alger qu’a été signé l’accord de 2015 scellant la paix entre les indépendantistes touaregs et le pouvoir central. Un accord resté en travers de la gorge des militaires maliens. D’abord parce qu’il découle de l’intervention militaire française qui, selon eux, a écarté l’armée malienne des opérations dès 2012. Ensuite parce qu’il a restructuré cette armée en y intégrant des éléments rebelles touaregs à qui le tapis rouge a été déroulé — eux que Bamako n’hésite pas à qualifier de “terroristes”.

En 2024, quatre ans après le premier putsch militaire, la junte malienne acte ce rejet : l’accord n’a jamais été pleinement appliqué, des groupes azawadiens ont repris les armes contre le pouvoir central, et ce dernier dénonce des “actes d’hostilité” venant du principal médiateur de l’accord : l’Algérie. Le pouvoir algérien se serait servi de la porosité de la frontière pour offrir aux rebelles le “gîte et le couvert”, en plus de s’ingérer dans les affaires maliennes, s’indigne Bamako. Des accusations réitérées, parfois émaillées d’insultes, tandis que le Mali sombre dans le chaos sous la poussée des conquêtes territoriales jihadistes et azawadiennes.

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