La nuit du 7 décembre a brièvement fait vaciller Cotonou. Un groupe de militaires a investi la télévision publique pour annoncer la destitution du président Patrice Talon, la suspension de la Constitution et la création d’un “Comité militaire pour la refondation”.
Quelques heures plus tard, le pouvoir béninois assurait avoir “mis en échec” la tentative de coup d’État, affirmant que les forces loyales contrôlaient l’ensemble des sites stratégiques.
Selon les premiers éléments communiqués par les autorités, une douzaine de soldats ont été arrêtés. Les putschistes justifiaient leur action par la dégradation de la sécurité dans le nord du pays, l’extension des attaques jihadistes et un malaise au sein de l’armée, alimenté par des promotions jugées arbitraires et un manque de soutien aux familles de soldats tués au front.
Dans la capitale, les axes menant au palais présidentiel ont été verrouillés et des hélicoptères ont survolé la ville. Pour autant, Cotonou n’a pas basculé dans le chaos : marchés ouverts, circulation presque normale, et une population qui, habituée à la stabilité politique du pays, a observé ces heures de tension avec prudence mais sans panique.
Cette tentative intervient dans un contexte politique chargé. Le Bénin, longtemps présenté comme un modèle démocratique régional, traverse depuis plusieurs années une phase de crispation : révisions constitutionnelles controversées, mandat présidentiel porté à sept ans, création d’un Sénat et critiques récurrentes de l’opposition sur une centralisation accrue du pouvoir. À cela s’ajoute une pression sécuritaire croissante au nord, où les groupes jihadistes multiplient les incursions.
À quatre mois de la présidentielle d’avril 2026 — à laquelle Patrice Talon ne peut pas se représenter — cet épisode sera un test pour les institutions béninoises. Reste à savoir si le gouvernement parviendra à transformer ce moment de vulnérabilité en démonstration de stabilité, ou si, au contraire, il révélera des fractures plus profondes dans l’armée et dans la société.
