La motion présentée par Vox faisait suite à une requête de la communauté musulmane d’Algésiras, souhaitant utiliser les installations de l’arène de Las Palomas pour procéder à l’abattage rituel sous supervision sanitaire. Cette demande avait déjà suscité une vague de discours hostiles de la part de la droite radicale.
Le débat parlementaire s’est transformé en affrontement idéologique sur la question de l’identité et du vivre-ensemble. Le député socialiste Marc Lamua a ironisé : « Allons-nous aussi interdire le sushi ou la pizza parce qu’ils ne font pas partie de nos traditions ? »
Son collègue du Parti populaire (PP), Eduardo Carazo, s’est dit « catholique » mais opposé à toute forme de discrimination religieuse : « Les musulmans de Ceuta et Melilla sont-ils moins espagnols que nous ? L’Alhambra n’est-elle pas une partie intégrante de notre culture nationale ? »
De son côté, Jorge Pueyo, du mouvement Sumar, a dénoncé une « ignorance crasse de l’héritage islamique de l’Espagne » : « Sept siècles de civilisation andalouse ne peuvent être effacés par un discours de haine. Votre Espagne est trop étroite pour la diversité qui l’a façonnée. »
Le député Joaquín Robles a défendu la position de Vox en invoquant les racines « grecques, romaines et chrétiennes » de la nation espagnole. Il a qualifié les célébrations islamiques de « pratiques étrangères à l’identité nationale » et d’« atteinte aux traditions espagnoles ».
Il a aussi accusé la municipalité d’Algésiras d’avoir autorisé l’abattage dans l’arène — une affirmation démentie par les autorités locales, qui ont précisé que la demande avait été refusée pour non-conformité aux règlements européens.
Les partis PSOE, PP et Sumar ont rappelé que la proposition de Vox viole l’article 16 de la Constitution espagnole, garantissant la liberté de conscience et de culte. « La référence chrétienne que Vox invoque est justement celle qui a consacré la liberté de croyance, pas l’exclusion », a insisté Carazo.
Marc Lamua a, de son côté, dénoncé un texte « sorti tout droit d’un manuel colonial du XIXᵉ siècle », accusant Vox de « confondre culture et nostalgie, identité et fermeture ».
Ce débat intervient dans un contexte marqué par la croissance de la population musulmane d’origine marocaine dans la région du Campo de Gibraltar, où les fêtes de l’Aïd al-Adha se déroulent chaque année dans un cadre social encadré.
Une polémique similaire avait éclaté en 2005, puis à nouveau l’an dernier, après qu’un habitant a jeté des restes d’animaux sacrificiels dans une benne industrielle — un incident exploité politiquement par certains pour alimenter les tensions identitaires.
