“Mamhkoumch” : trois assos lancent un plaidoyer contre les violences numériques faites aux femmes

Trois associations marocaines — Kif Mama Kif Baba, Médias et Cultures (AMC) et l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) — ont lancé ce jeudi un plaidoyer national pour lutter contre les violences basées sur le genre facilitées par la technologie (VBGFT). Cette initiative appelle à une réforme profonde des cadres juridiques et institutionnels pour combattre ce fléau qui prend des proportions alarmantes.

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58,1% des femmes au Maroc ont été victimes de violence en ligne. Crédit: Unsplash

Selon une étude du Haut-Commissariat au Plan (HCP) menée en 2019, près de 1,5 million de femmes au Maroc ont déjà été victimes de violence numérique, soit un taux de prévalence de 14%. L’essor des technologies numériques, accéléré par la pandémie de Covid-19, a ouvert la voie à de nouvelles formes de violences : cyberharcèlement, chantage à la diffusion d’images intimes, discours haineux ou encore manipulation de contenus.

Ces violences génèrent des conséquences sociales, professionnelles et juridiques graves, poussant les survivantes à se retirer de l’espace numérique. Un rapport d’ONU Femmes de 2021 révèle que 58,1% des femmes ont été victimes de violence et de harcèlement en ligne au Maroc, et une sur trois voit cette violence passer du virtuel au réel.

Plus d’une femme sur deux victime de violence en ligne

Pour porter ce combat dans l’espace public, une campagne nationale de sensibilisation baptisée « Mamhkoumch » sera lancée par les trois associations sur les réseaux sociaux du 2 au 10 octobre 2025. Cette initiative vise à créer une dynamique de plaidoyer collective et à mobiliser le grand public contre l’impact dévastateur des VBGFT.

Les chiffres révèlent l’ampleur du phénomène : 58,1% des femmes au Maroc ont été victimes de violence en ligne, 33% des femmes ayant subi des violences en ligne déclarent que celles-ci se sont déplacées hors ligne, et les VBGFT contribuent à hauteur de 19% à l’ensemble des formes de violence à l’égard des femmes.

“La violence numérique est une violation des droits humains qui détruit des vies en silence”

Aatifa Timjerdine, présidente de l'Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM)

« Ce phénomène constitue une réalité encore largement ignorée ou marginalisée dans les politiques publiques. La violence numérique est une violation des droits humains qui détruit des vies en silence. Le cadre institutionnel requiert un renforcement des capacités des organes responsables et une meilleure coordination entre les parties prenantes. La lutte contre les VBGFT nécessite une approche multisectorielle et intégrée basée sur une vision globale en plus d’une adaptation continue des lois face à l’évolution rapide des technologies », explique Aatifa Timjerdine, présidente de l’ADFM.

Absence de définition claire de la violence numérique

Malgré l’existence d’un cadre juridique contre la violence numérique (code pénal complété par la loi 103-13, loi n° 05-20 sur la cybersécurité) et la ratification de conventions internationales, l’absence de définition claire de la « violence numérique » et la persistance de lois liberticides limitent gravement l’accès des victimes à la justice.

L’enquête du HCP révèle que la majorité des victimes ne portent pas plainte, souvent par manque de connaissance des protections juridiques disponibles (entre 68% et 77% des femmes) ou par manque de confiance dans les mécanismes existants.

« L’espace numérique ne doit pas être une zone de non-droit. L’urgence est d’éduquer nos jeunes aux différentes formes de violences en ligne comme hors ligne, de prévenir et surtout de protéger. Chaque victime doit pouvoir dénoncer sans craindre de devenir elle-même justiciable », insiste Ghizlane Mamouni, présidente de Kif Mama Kif Baba.

“Les violences basées sur le genre facilitées par la technologie révèlent une faille structurelle dans notre société et dans nos institutions”

Abdelamjid Moundi, directeur de l'Association Médias et Cultures (AMC)

Les trois associations appellent à plusieurs mesures : définir et intégrer spécifiquement les VBGFT dans la réforme du code pénal, mener des études nationales régulières, développer des campagnes de sensibilisation, mettre en place des mécanismes de recours accessibles et impliquer les acteurs technologiques.

« Les violences basées sur le genre facilitées par la technologie ne sont pas seulement un problème individuel, elles révèlent une faille structurelle dans notre société et dans nos institutions. Elles prolongent les inégalités et fragilisent notre démocratie en réduisant au silence des voix féminines essentielles dans l’espace public. Notre responsabilité collective est double : protéger les victimes en leur donnant des recours rapides et efficaces, mais aussi transformer les mentalités en éduquant dès le plus jeune âge au respect en ligne comme hors ligne. Les médias, les institutions et la société civile doivent agir ensemble, car c’est à ce prix que nous pourrons briser l’impunité et faire du numérique un espace de liberté et d’égalité », précise Abdelamjid Moundi, directeur de AMC.

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