Santé : 6 étapes pour comprendre la crise d’Agadir

Le Centre hospitalier régional (CHR) Hassan II d’Agadir est devenu, en l’espace de quelques jours, le centre d’un scandale sanitaire : huit femmes enceintes y sont mortes, déclenchant des manifestations d'habitants en colère et mettant en lumière des défaillances structurelles.

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Le ministre de la santé, Amine Tahraoui, a engagé une vaste réorganisation de sa direction des ressources humaines, considérée comme le socle technique de la réforme. Crédit: DR

En 1967, création du CHR. Le CHR Hassan II, ouvert en 1967, n’a cessé de voir son rôle s’étendre sans augmentation suffisante de ses moyens : depuis 2017, il assume des fonctions universitaires et joue le rôle de centre de recours pour de vastes territoires du Maroc, de l’anti-Atlas au sud du pays.

Une dégradation progressive des ressources matérielles et humaines. Au fil des années, l’obsolescence des équipements et les ruptures de stocks sont devenues récurrentes : anesthésiques manquants, matériel de réanimation vieillissant, consommables insuffisants. Les témoignages évoquent des opérations retardées et des soins différés, signes d’une infrastructure à l’agonie. Le moral des équipes est atteint. Certains soignants évoquent l’épuisement, l’absentéisme et des démissions, qui privent l’hôpital de compétences cruciales.

Une hausse de la fréquentation qui met le système à l’épreuve. La pression sur les services a culminé au premier semestre 2025. Les urgences ont accueilli quelque 63 000 patients en six mois, soit entre 150 et 250 consultations quotidiennes. Cette affluence, conjuguée à des capacités limitées, a saturé les filières d’orientation et fragilisé la prise en charge dans la maternité, le tout culminant par la mort de huit femmes suite à un manque de matériel.

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De l’indignation à la colère. Ces morts ne relèvent pas d’un enchaînement de fatalités, mais de défaillances systémiques : attente prolongée, manque d’équipement et prise en charge tardive des complications. Malgré une interdiction préfectorale, près de 600 personnes se sont rassemblées le 14 septembre devant l’hôpital, pour dénoncer ce qu’elles appellent désormais “l’hôpital de la mort.” Le gouvernement a répondu en dépêchant le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, afin d’ouvrir une enquête. Ce dernier a ensuite procédé à des limogeages ciblés, notamment les directeurs régional et provincial, le 16 septembre

Des annonces techniques et la nécessité d’une réforme profonde. Amine Tahraoui a annoncé qu’une commission centrale relevant de son ministère avait été dépêchée pour diagnostiquer et proposer des solutions pratiques et urgentes aux dysfonctionnements constatés. Mais la crise révèle l’urgence d’une stratégie globale : recrutements durables, sécurisation des chaînes d’approvisionnement, mécanismes de contrôle opérationnels et transparence dans le suivi des mesures.

Le ministère lance des inspections nationales pour “dresser un état des lieux”. Le 17 septembre, le ministère de la Santé a déployé des commissions centrales chargées d’inspecter l’ensemble des hôpitaux publics du royaume. Ces équipes doivent procéder à un audit élargi : situation financière, stocks de médicaments, circuits de prise en charge des patients. Chaque inspection doit déboucher sur “un plan d’amélioration adapté”. Le ministre a également entamé une tournée nationale, en commençant par Nador et Driouch, puis Casablanca le 18 septembre (Aïn Chock, Hay Hassani, Bernoussi).