L'opportunité démographique de la jeunesse marocaine pourrait se transformer en fardeau, selon un rapport

À l'occasion de la Journée internationale de la jeunesse, la Ligue marocaine pour la défense des droits humains (LMDDH) publie un rapport préoccupant sur la situation des jeunes au Maroc, révélant un paradoxe entre une "opportunité démographique" et une réalité marquée par l'exclusion.

Par

Des jeunes organisent un tournoi de football à Hay Hassani, un quartier populaire de Casablanca, en mars 2025. Crédit: Yassine Toumi/TelQuel

Avec 34,4% de la population âgée de 15 à 34 ans selon le Haut-Commissariat au Plan 2024, le Maroc dispose d’un atout démographique considérable. Cette « opportunité démographique en or » pourrait théoriquement stimuler la croissance économique et le développement social. Cependant, le rapport publié par la Ligue marocaine pour la défense des droits humains (LMDDH) révèle que cette richesse humaine est largement gaspillée.

Les chiffres du chômage des jeunes sont alarmants. Entre février et août 2025, le taux de chômage chez les 15-24 ans oscillait entre 35,8% et 36,7%, soit près de trois fois le taux national de 12,8%. Plus préoccupant encore, les diplômés de l’enseignement supérieur ne sont pas épargnés : 19,6% d’entre eux sont au chômage, atteignant même 40% dans certaines régions en juillet 2025.

Cette situation pousse 67% des jeunes travailleurs vers le secteur informel, selon la Banque mondiale, les privant ainsi de protection sociale et de conditions de travail décentes.

Une désaffection politique croissante

Le rapport documente un désengagement politique inquiétant. La participation électorale des jeunes s’effondre : de 30% d’inscrits sur les listes électorales en 2011, elle chute à seulement 20% en mars 2024. Cette désaffection s’accompagne d’une sous-représentation chronique dans les institutions élues et les directions partisanes.

Les organisations de jeunesse des partis politiques ont perdu leur influence au cours des dix dernières années, réduites à de simples « entités qui meublent négativement la structure organisationnelle », selon l’analyse du rapport.

Un système éducatif défaillant

L’éducation, pilier de l’émancipation des jeunes, montre des signes de faiblesse persistants :

  • L’abandon scolaire reste préoccupant, particulièrement en milieu rural où 14,2% des 15-17 ans quittent prématurément l’école
  • La surcharge des classes affecte 15,5% du cycle secondaire collégial, avec 15 000 salles de plus de 41 élèves
  • L’inadéquation formation-emploi crée un fossé entre les compétences acquises et les besoins du marché du travail

La jeunesse marocaine fait face à de grands défis liés à l’exclusion sociale et à la faible participation dans différents domaines, malgré l’importance démographique qui renforce leur présence, ce qui entrave l’exploitation de leur plein potentiel. Cela se manifeste clairement sous forme de défis au niveau du marché du travail, de la participation politique et du tissu associatif.

Le chômage est l’un des défis les plus marquants auxquels fait face la jeunesse marocaine, affectant directement leur stabilité économique et sociale.

Le rapport pointe du doigt l’absence persistante du Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative, pourtant prévu par les articles 33 et 170 de la Constitution de 2011. Cette institution devait servir de pont entre les aspirations des jeunes et les décideurs politiques.

Face à ce constat, les auteurs du rapport appellent à :

  • Exploiter l’opportunité démographique par des politiques publiques adaptées
  • Réformer le système éducatif pour l’adapter aux réalités du marché du travail
  • Créer des emplois décents particulièrement pour les diplômés
  • Renforcer la représentation politique des jeunes dans les institutions
  • Lancer enfin le Conseil consultatif prévu constitutionnellement

Ce rapport sonne comme un avertissement : sans action rapide et coordonnée, l’opportunité démographique que représente la jeunesse marocaine risque de se transformer en « fardeau démographique ». L’enjeu dépasse la simple question générationnelle pour toucher aux fondements même du développement national et de la stabilité sociale du royaume.

à lire aussi