Ramid a intitulé sa réponse avec la même formule que celle utilisée par Jamaï : “Lettre à Maître Abderrahim Jamaï : je ne suis ni mufti ni prédicateur, ne soyez donc pas un instigateur”. Selon lui, Jamaï, dans sa précédente lettre, aurait incité — volontairement ou non — à considérer l’expression inscrite sur le t-shirt de Betty Lachgar comme relevant du domaine de l’opinion et de la divergence d’idées, ce que Ramid juge être un dépassement grave.
Dans son post, Ramid reproche à Jamaï d’avoir cité de grands penseurs comme Ibn Rochd, Al-Ghazali, Ibn Sina ou encore Laroui, comme s’ils avaient tenu des propos similaires à ceux de Lachgar. Il l’accuse de s’être érigé en mufti et prédicateur en estimant que la phrase en question relève de la liberté d’opinion, alors qu’il s’agit, selon lui, d’“une offense explicite à la foi de plus d’un milliard de musulmans”.
Pour Ramid, la “flamme de la haine” évoquée par Jamaï n’a été allumée que par l’auteure des propos elle-même, qui a offensé et provoqué les croyances des gens. Il affirme faire partie de ceux qui ont condamné ces déclarations, comme de nombreux citoyens.
Ramid invoque le droit international pour défendre sa position
Réagissant à l’accusation de s’être posé en gardien des consciences ou des croyances, Ramid affirme avoir agi en tant que simple citoyen, accomplissant son devoir de signalement auprès des autorités compétentes et laissant à celles-ci le soin d’en juger. Il rappelle qu’en tant que ministre, il avait déjà demandé au parquet de requérir l’acquittement d’un homme converti au christianisme, estimant que ce dernier n’avait pas ébranlé la foi d’autrui.
Ramid critique également le conseil donné par Jamaï de se constituer partie civile contre Lachgar, précisant que la loi marocaine ne le permet que pour les personnes ayant subi un préjudice personnel et direct. Il s’étonne qu’un “avocat chevronné” recommande une démarche contraire aux règles de procédure.
L’ex-ministre souligne que la liberté d’opinion et de croyance est encadrée par les lois nationales et les conventions internationales. Il cite la Déclaration universelle des droits de l’Homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui reconnaissent des restrictions nécessaires à la protection de l’ordre public, de la morale et des croyances.
Il évoque également un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme dans l’affaire E.S. c./ Autriche, qui avait jugé que des propos offensants envers le prophète Mohammed ne relevaient pas du débat académique ou historique, mais menaçaient la paix religieuse. Pour Ramid, ce raisonnement s’applique “encore plus” à une offense envers Dieu.
L’affaire judiciaire visant l’activiste Ibtissame “Betty” Lachgar, poursuivie pour “offense à la religion islamique” sur la base de l’article 267-5 du Code pénal, est devenue un sujet de débat politique et médiatique. Le 10 août, El Mostapha Ramid avait estimé sur Facebook que les propos et visuels attribués à Lachgar constituaient une “insulte intentionnelle” à la divinité et devaient donner lieu à des poursuites fermes.
Cette prise de position a suscité une réponse cinglante d’Abderrahim Jamaï dans une lettre ouverte, l’accusant de “jouer le rôle du procureur et du juge” et de “nourrir la haine” contre l’accusée.
Lachgar, militante connue pour ses combats en faveur des libertés individuelles, des droits des femmes et des personnes homosexuelles, a été arrêtée le 10 août à Rabat, placée en garde à vue à Casablanca, puis présentée au procureur le 12 août. Placée en détention provisoire, elle doit comparaître devant le tribunal de première instance de Rabat le 27 août. Sa demande de mise en liberté provisoire par sa défense a été rejetée.
