Affaire Betty Lachgar : le clash El Mostapha Ramid VS Abderrahim Jamaï

L’affaire judiciaire visant l'activiste Ibtissame “Betty” Lachgar, poursuivie pour “offense à la religion islamique” sur la base de l’article 267-5 du Code pénal, est devenue un sujet de débat politique et médiatique. Après un post publié dimanche sur Facebook par l’ex-ministre de la Justice et membre du PJD El Mostapha Ramid, l’avocat et ancien bâtonnier Abderrahim Jamaï a répliqué dans une lettre ouverte.

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Affaire Betty Lachgar : le clash El Mostapha Ramid VS Abderrahim Jamaï. Crédit: DR

Dans un post publié dimanche 10 août sur Facebook, El Mostapha Ramid, figure de proue du Parti de la justice et du développement (PJD) et ancien ministre de la Justice (2012-2017), a estimé que les propos et visuels attribués à Lachgar constituaient une « insulte intentionnelle » à la divinité et devaient entraîner des poursuites fermes.

“La portée du droit à la liberté d’expression est vaste, mais elle ne s’étend pas à la moquerie des croyances des gens”

El Mostapha Ramid, ancien ministre de la Justice et membre du PJD

S’appuyant sur les dispositions du Code pénal protégeant les « constantes fédératrices » de la Constitution, il a affirmé qu’« aucune tolérance » n’était possible face à ce qu’il considère comme un acte prémédité visant les symboles sacrés.

« La portée du droit à la liberté d’expression est vaste, mais elle ne s’étend pas à la moquerie des croyances des gens, ni ne tolère de graves insultes à leur religion », a-t-il déclaré.

Jamaï réplique

Cette position a suscité une réplique cinglante d’Abderrahim Jamaï, dans une lettre ouverte intitulée : « Vous n’êtes ni mufti ni prédicateur, ne soyez pas un instigateur ». L’avocat reproche à Ramid de « jouer le rôle du procureur et du juge » et de « nourrir la haine et la colère » contre l’accusée en publiant des propos pouvant, selon lui, influencer l’opinion publique et le déroulement de la procédure.

“Vous (El Mostapha Ramid, ndlr) avez revêtu le turban de l’extrémiste et du mufti, et le costume de la menace”

Abderrahim Jamaï, avocat et ancien bâtonnier

« Vous ne vous êtes pas contenté d’exprimer votre désaccord avec elle sur le mode d’expression qu’elle a choisi (…) – que beaucoup pourraient ne pas apprécier ou comprendre – (…) mais vous avez revêtu le turban de l’extrémiste et du mufti, et le costume de la menace », a-t-il déclaré.

« Vous avez donc inspiré le génie des ‘juges de la rue’ (…) et votre plume et vos paroles les ont conduits à réclamer sa tête. Et qui sait, vos écrits pourraient être à l’origine d’une provocation imprudente qui pourrait lui arriver, Dieu nous en préserve », a-t-il encore ajouté.

Il l’exhorte ainsi à laisser la justice suivre son cours et, s’il se considère lésé, à agir par les voies légales, en se constituant partie civile.

Détention provisoire

La procédure a été déclenchée après la diffusion fin juillet sur les réseaux sociaux d’une photographie montrant la militante connue pour ses combats en faveur des libertés individuelles, des droits des femmes et des personnes homosexuelles, vêtue d’un t-shirt portant une inscription jugée « blasphématoire » par les autorités.

Interpellée le 10 août à son domicile à Rabat puis placée en garde à vue à Casablanca, elle a été présentée devant le procureur le 12 août, qui a ordonné son placement en détention provisoire. L’affaire, qui a suscité une vive polarisation en ligne, devait être examinée le 13 août, mais le tribunal de première instance de Rabat a reporté l’audience au 27 août prochain.

Sa défense, renforcée notamment par la présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) Souad Brahma, a demandé sa mise en liberté provisoire, demande qui a été rejetée par la Cour.

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