Espagne : Vox visé par une enquête après les violences racistes de Torre Pacheco

Depuis le vendredi 12 juillet 2025, la commune de Torre Pacheco (Murcie, 40 000 habitants) est le théâtre de violences racistes déclenchées par l’extrême droite. Ces troubles ont été catalysés par une agression non élucidée contre un sexagénaire, aussitôt exploitée par des groupuscules ultras pour appeler à une "chasse aux Maghrébins".

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Torre Pacheco, juillet 2025. Crédit: DR

Ce qu’il s’est passé

Un mouvement récemment apparu, Deport Them Now (DTN), a été identifié comme principal instigateur de ces appels à la violence. Son présumé chef, Christian L. F., un garde du corps privé de 29 ans sans casier judiciaire, a été arrêté à Mataró (Barcelone). Il diffusait des messages sur Telegram appelant à la formation de « patrouilles de voisinage » pour traquer les Maghrébins. Certains groupes Ultras du football y ont répondu, et plusieurs violences ont été recensées dans la commune.

Malgré une mobilisation policière massive (130 agents mobilisés, fermetures de groupes Telegram, arrestations), les appels à la haine ont dégénéré : assauts contre des commerces tenus par des Marocains, affrontements de rue, agressions, vandalisme. Jusqu’ici, 14 arrestations ont eu lieu, et au moins cinq blessés sont à déplorer.

Pourquoi ça compte

Cette affaire illustre la montée en puissance de la haine xénophobe diffusée via les réseaux sociaux, dans un contexte de crispations politiques et identitaires. Le discours de DTN a servi de catalyseur à une coalition informelle de groupuscules violents : radicaux néonazis, ultras du foot, entreprises comme Desokupa (connue pour ses expulsions controversées), influenceurs d’extrême droite.

“Nous allons tous les déporter”

José Ángel Antelo, député Vox (extrême-droite)

Ces événements soulignent aussi la fragilité du vivre-ensemble dans les zones agricoles espagnoles, où la main-d’œuvre immigrée — souvent marocaine — joue un rôle clé. Torre Pacheco est emblématique : des familles marocaines y vivent depuis des décennies, parfois depuis trois générations, et participent activement à la vie économique locale.

Enfin, une enquête a été ouverte contre Vox pour incitation à la haine, après sa participation directe à des rassemblements sans autorisation et ses prises de parole liant immigration et insécurité. Le parquet s’intéresse à plusieurs responsables régionaux, dont José Ángel Antelo, qui avait déclaré : « Nous allons tous les déporter. Il n’en restera pas un seul ».

Ce qu’ils en disent

Plusieurs personnalités politiques se sont exprimées :

  • Sira Rego, ministre de la Jeunesse, dénonce des « persécutions racistes » alimentées par l’extrême droite.
  • María Marín (Podemos) évoque une « chasse raciste » encouragée par Vox.
  • Feijóo (PP) demande un renforcement des forces de l’ordre.
  • José Ángel Antelo (Vox) assume la radicalité : « Nous allons tous les déporter ».

Les autorités espagnoles, via la Délégation du gouvernement à Murcie et la Garde civile, ont condamné les appels à la haine et promis de nouvelles arrestations. La déléguée Mariola Guevara a pointé la responsabilité des « organisations antisystème » et dénoncé des appels à la « chasse » sur les réseaux sociaux.

Des riverains espagnols, comme Rosa, interrogée par le journal espagnol EL PAÍS, expriment une fatigue face à la situation : ils affirment vivre en bonne entente avec leurs voisins marocains, tout en reconnaissant une crainte liée à certains jeunes. Mais beaucoup se désolidarisent de la haine raciste propagée par les ultras.

La communauté marocaine, concentrée dans le quartier San Antonio, reste en alerte. Beaucoup évoquent un climat de peur permanent. Une jeune médecin marocaine témoigne avoir vu, depuis son balcon, les assauts de militants encagoulés dans la nuit de samedi.

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