Sílvia, on est avec toi ! », lance une de ces cyclistes en échangeant quelques mots avec l’élue âgée de 40 ans sur le parvis de la mairie.
Située à environ 100 kilomètres au nord de Barcelone, Ripoll compte quelque 10.700 habitants.
Jusqu’alors paisible, la petite ville se retrouve soudainement sous le feu des projecteurs en 2017 : les auteurs des attentats djihadistes qui font en août 16 morts à Barcelone et à Cambrils sont des jeunes, pour la plupart d’origine marocaine, qui ont grandi à Ripoll.
C’est un choc énorme dans la commune, et six ans plus tard, en 2023, Sílvia Orriols obtient 30,7% des voix lors des élections municipales et parvient à gagner une première mairie pour sa toute nouvelle Aliança Catalana (Alliance catalane), grâce aux divergences dans l’opposition.
« Nous ne sommes ni d’extrême droite, ni de gauche, ni de droite. Nous sommes des nationalistes catalans », résume aujourd’hui (vendredi 4 juillet) à l’AFP depuis son bureau Sílvia Orriols, très active sur les réseaux sociaux.
« Je suis islamophobe, dans la mesure où l’avancée de l’islam sur notre continent me fait peur, et je suis ici pour essayer de l’arrêter »
Mais elle a aussi un autre credo : « Je suis islamophobe, dans la mesure où l’avancée de l’islam sur notre continent me fait peur, et je suis ici pour essayer de l’arrêter », poursuit cette mère de cinq enfants qui reconnaît que, sans la tragédie de 2017, elle n’aurait jamais fait de politique.
Son discours populiste et sa ligne anti-immigration trouvent un public dans une région en pleine expansion démographique, et qui compte 18% de population étrangère: et en 2024, Aliança Catalana a obtenu deux députés au Parlement régional.
« Nous devons être prioritaires, nous les Catalans qui avons été ici toute notre vie, et avant, nos parents et nos grands-parents », assène Montse, une des cyclistes qui a rencontré la maire.
« Et si un migrant vient et peut s’intégrer, parfait. Mais c’est terrible, cette masse que nous recevons, et ce n’est pas tenable », ajoute cette infirmière de 59 ans qui ne souhaite pas donner son nom en remontant sur son vélo.
Depuis son arrivée à la mairie en 2023, Sílvia Orriols a enchaîné les polémiques.
Ses opposants l’accusent de durcir les formalités pour les étrangers dans la commune, de multiplier les sanctions contre ses opposants politiques ou d’avoir censuré l’affiche de la fête municipale parce qu’elle montrait, tout en bas du dessin, une femme voilée.
« La coexistence est brisée. Les gens ont peur », dénonce Carme Brugarola, militante de gauche et professeure de 62 ans, sanctionnée pour avoir accroché les fameuses affiches.
Il y a quelques semaines, la municipalité a fermé un café marocain parce qu’il interdisait, d’après la mairie, l’entrée aux femmes.
« Mensonge », répond, agacé, Mohamed Srhiri, un cuisinier de 50 ans qui vit à Ripoll depuis près de dix ans. Comme quelque 800 autres habitants de la commune, il est originaire du Maroc.
Sílvia Orriols « est très raciste », affirme-t-il : « Nous n’avons pas à payer pour ce qui s’est passé » en 2017, en référence aux attentats, dont la blessure reste ouverte à Ripoll, huit ans après.
« Beaucoup de gens n’ont pas encore fait leur deuil, et c’est une des raisons qui fait qu’Aliança Catalana est là où elle est », estime Carme Brugarola.
D’autant que la même année, il n’y a pas que les attentats qui ont secoué la Catalogne : la tentative de sécession ratée la même année par Carles Puigdemont a également marqué les esprits.
Son échec a particulièrement déçu les plus extrémistes des indépendantistes qui, en plein essor de l’extrême droite dans le monde, voient maintenant dans Aliança Catalana un projet porteur d’espoir.
« Elle est parvenue à rassembler un certain électorat, encore minoritaire mais susceptible de croître, autour d’une proposition indépendantiste qui critique durement les autres partis indépendantistes, les considérant comme des traîtres et des imposteurs », explique Steven Forti, professeur d’Histoire contemporaine à l’Université Autonome de Barcelone.
Encore loin du pouvoir, Aliança Catalana pourrait compter jusqu’à dix députés aux prochaines élections régionales, ravissant surtout des électeurs au parti de Carles Puigdemont, selon les sondages.
« Impossible de dire quel est son plafond », souligne Steven Forti, rappelant que coexistent en Catalogne deux formations d’extrême droite : l’Aliança Catalana et Vox, une formation nationaliste espagnole, qui se retrouvent sur de nombreux points mais sont antagonistes au niveau national.
La croissance d’Aliança Catalana fait en tout cas peur à Soukayna, une jeune femme de 25 ans arrivée enfant à Ripoll et qui est à présent à la tête de l’Association de la jeunesse marocaine de la ville.
« Ils séduisent de plus en plus, et le plus effrayant, c’est qu’ils plaisent aux jeunes », explique-t-elle en catalan. Elle voudrait avoir l’occasion d’échanger avec Sílvia Orriols : « J’adorerais lui parler personnellement, et comprendre d’où vient cette haine ».
(avec AFP)
