Deux mois de blocus total de Gaza : les opérations humanitaires “au bord de l’effondrement total”

Deux mois après le début du blocus total imposé par Israël à l’entrée de l’aide à Gaza, les organisations humanitaires ont dressé vendredi un tableau terrible d’enfants affamés et de bagarres pour avoir de l’eau.

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Des membres du CICR à Gaza. Crédit: CICR

La réponse humanitaire à Gaza est au bord de l’effondrement”, a averti le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans un communiqué.

“Il faut agir de toute urgence, faute de quoi Gaza s’enfoncera encore plus profondément dans un chaos dont aucun effort humanitaire ne pourra la sortir”, plaide le CICR.

Quelque 2,4 millions de personnes vivent dans l’étroit territoire palestinien dans des conditions catastrophiques, après 18 mois d’une guerre, qui a fait au moins 52.500 morts, essentiellement civils côté palestinien.

Les autorités israéliennes ne laissent entrer aucune aide humanitaire dans le but avoué de forcer le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle le territoire, à libérer les otages qu’il détient encore depuis son attaque du 7— Octobre 2023 en Israël.

Selon l’armée israélienne, 58 sont toujours retenus à Gaza, dont 34 sont morts.

“Le blocus est mortel”

Depuis le début du blocus, les Nations unies n’ont eu de cesse d’alerter sur l’illégalité de la mesure au regard du droit humanitaire international, mais aussi sur le risque réel de famine.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé il y a une semaine avoir distribué ses “derniers stocks de nourriture” aux cantines et les 25 boulangeries que soutient l’organisation ont aussi fermé leurs portes faute de farine et de fuel.

“Les stocks alimentaires sont désormais quasiment épuisés”, a renchéri Olga Cherevko, porte-parole de l’agence humanitaire des Nations unies (OCHA), lors d’une liaison vidéo de Gaza avec les journalistes à Genève.

“Les cantines communautaires ont commencé à fermer et de plus en plus de personnes souffrent de la faim”, selon elle, évoquant des informations faisant état de décès d’enfants et d’autres personnes très vulnérables en raison de la malnutrition.

“Le blocus est mortel” et “l’accès à l’eau devient également impossible”, avertit la responsable, qui travaille à Gaza depuis 10 ans.

Elle interrompt son intervention pour expliquer qu’au moment même où elle parle à la presse, “juste en bas de ce bâtiment, des gens se battent pour avoir de l’eau”.

“Un camion-citerne vient d’arriver, et les gens s’entretuent pour de l’eau”, a-t-elle décrit, évoquant aussi cet ami qui lui a raconté il y a quelques jours avoir vu “des gens brûler… à cause des explosions, et il n’y avait pas d’eau pour les sauver”.

Parallèlement, Cherevko a déploré que “les hôpitaux signalent une pénurie de sang alors que les victimes continuent d’affluer”.

“Gaza est en ruines, les rues sont jonchées de décombres… Souvent, les cris à glacer le sang des blessés s’élancent au ciel après le bruit assourdissant d’une nouvelle explosion”, raconte la responsable.

Elle a également dénoncé les déplacements massifs, la quasi-totalité de la population de Gaza ayant été forcée de se déplacer à de nombreuses reprises, pour trouver un semblant d’abri ou pour répondre aux injonctions israéliennes.

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Depuis que le bref cessez-le-feu de quelques semaines a échoué mi-mars, “plus de 420.000 personnes ont été à nouveau contraintes de fuir, beaucoup avec seulement leurs vêtements sur le dos, pris pour cible, arrivant dans des abris surpeuplés” pendant que les bombardements se poursuivent.

Pascal Hundt, directeur adjoint des opérations du CICR, a également averti que pour les civils à Gaza, chaque jour est une lutte acharnée pour survivre aux dangers des combats et supporter les conséquences des déplacements incessants — tout cela sans pouvoir compter sur une aide humanitaire d’urgence.

Le directeur des urgences de l’Organisation mondiale de la Santé, Mike Ryan, a quant à lui qualifié la situation à Gaza d’“abomination”.

“Nous brisons le corps et l’esprit des enfants de Gaza. Nous affamons les enfants de Gaza, car si nous n’agissons pas, nous serons complices de ce qui se passe sous nos yeux”, a-t-il dit jeudi lors d’une conférence de presse.

Cherevko acquiesce, fustigeant les décideurs qui “ont regardé en silence les interminables scènes d’enfants ensanglantés, de membres amputés, de parents en deuil défiler rapidement sur leurs écrans, mois après mois”.

“Combien de sang faudra-t-il encore verser avant qu’on ne dise assez ?”