À Alger, des regrets pour l’absence du roman de Kamel Daoud au Salon du livre

Des visiteurs, auteurs et éditeurs ont regretté l’absence au Salon international du livre d’Alger du roman “Houris” du lauréat du Prix Goncourt, l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, après l’interdiction faite à sa maison d’édition, Gallimard, d’y présenter ses ouvrages.

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Kamel Daoud, romancier et journaliste, est l’auteur entre autres de "Meursault, contre-enquête" (Barzakh 2013, finaliste du prix Goncourt 2014) et de "Zabor ou Les Psaumes" (Barzakh 2017, prix Méditerranée 2018). Crédit: Joel Saget / AFP

Pour sa 27e édition, qui se tient depuis mercredi et jusqu’au 16 novembre, ce salon accueille un peu plus d’un millier d’éditeurs représentant 40 pays, dont 290 éditeurs algériens, venus présenter plus de 300.000 livres.

L’interdiction de participer au Salon d’Alger a été notifiée aux éditions Gallimard début octobre, quand Houris, le roman de Kamel Daoud sur les violences de la “décennie noire”, la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1992 et 2002, était déjà vu comme l’un des grands favoris du Goncourt.

Le livre n’a pas pu être édité en Algérie, où il tombe sous le coup d’une loi interdisant tout ouvrage sur cette période sanglante qui a fait au moins 200.000 morts, selon des chiffres officiels. Cependant, il y circule déjà largement sous le manteau.

Rencontrée par l’AFP au Salon du livre, l’écrivaine Samia Chabane, 64 ans, se dit “contre l’interdiction de quelque livre que ce soit”. “Je préfère que les gens se fassent leur propre opinion, lisent le livre par eux-mêmes”, dit l’auteure d’une récente autobiographie intitulée Récits d’Alger et d’ailleurs, l’histoire d’une femme libre.

Pour elle, interdire Houris en Algérie, “ça fait quand même autodafé. Ça nous fait revenir des siècles en arrière. Ça ne donne pas les outils aux gens pour pouvoir dire : il a raison, il n’a pas raison”.

Chabane, qui assure “avoir tout lu de Kamel Daoud, un grand écrivain”, n’a pas voulu se plonger dans Houris, car elle “ne veut pas revivre les horreurs de ces années de sang”.

Makdoud Oulaid, un chirurgien de 63 ans, a lu le roman. Pour lui, l’attribution du Goncourt à Daoud, souvent critiqué en Algérie pour sa proximité du président français Emmanuel Macron, est davantage “liée à la situation politique” qu’aux qualités de l’ouvrage.

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Les relations entre Paris et Alger, en dents de scie depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, sont de nouveau très tendues après que la France a apporté fin juillet un soutien renforcé à un plan d’autonomie du Maroc sur le Sahara, où l’Algérie soutient les indépendantistes du Polisario.

Alger a perçu ce revirement français comme une trahison, retirant immédiatement son ambassadeur à Paris et annonçant d’autres représailles.

L’éditeur algérien Sofiane Hadjadj, 51 ans, fondateur de la maison Barzakh, qui avait publié en Algérie en 2013 le premier roman de Kamel Daoud Meursault, contre-enquête, n’a pas vraiment voulu commenter l’interdiction de Houris. “C’est un Salon international du livre, organisé par le ministère de la Culture. Donc on doit se conformer à un certain nombre de règles. Il y a des lois qui encadrent l’édition du livre. C’est tout à fait normal”, dit-il à l’AFP.

Hassina Hadj Sahraoui, une directrice de publication de 62 ans, regrette l’absence du livre en Algérie et souligne que “c’est le premier Algérien de l’histoire” à recevoir le Goncourt, considéré comme la plus importante récompense de la littérature francophone.

Nous avons Assia Djebar (écrivaine décédée en 2015) qui a remporté de nombreux prix et a été membre de l’Académie française, et maintenant nous avons Kamel Daoud, qui lui succédera peut-être un jour”, souligne-t-elle.