La Russie isolée et sous pression après l'annexion de nouveaux territoires en Ukraine

La Russie se retrouve samedi isolée et sous pression au lendemain de l'annexion officielle de quatre territoires ukrainiens qui a suscité une pluie de condamnations internationales et le rejet de Kiev, déterminé à reconquérir son territoire.

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Le président russe Vladimir Poutine prononce un discours lors d'une réunion des procureurs russes à Moscou, le 25 avril 2022. Crédit: Sergei GUNEYEV / SPUTNIK / AFP

L’UE, les Etats-Unis, et d’autres pays tels que la Turquie ont rejeté l’annexion de ces nouveaux territoires et Kiev a annoncé saisir la Cour internationale de justice (CIJ).

« Après les tentatives d’annexion de Poutine, l’Ukraine a officiellement informé la Cour internationale de justice que cette étape est une violation flagrante » de l’ordonnance rendue par la CIJ le 16 mars demandant à la Russie de suspendre immédiatement ses opérations militaires en Ukraine, a tweeté le ministre des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba.

« Nous exhortons la Cour à se saisir du dossier le plus vite possible », a-t-il ajouté.

Le président russe Vladimir Poutine a, lui, clos vendredi soir la journée de cérémonie d’annexion devant plusieurs milliers de personnes réunies pour un concert festif sur la Place Rouge à Moscou. « La victoire sera à nous », a-t-il lancé, alors qu’au même moment son armée éprouve des difficultés en Ukraine.

« Bienvenue à la maison », a aussi déclaré le président russe à l’adresse des habitants des territoires ukrainiens annexés, affirmant que la Russie leur ouvrait « son coeur ».

Le même jour, une frappe de missiles particulièrement meurtrière a fait au moins 30 morts parmi des civils dans une zone sous contrôle ukrainien près de Zaporijjia (sud de l’Ukraine).

Lors d’une cérémonie au Kremlin, Poutine a signé les documents d’annexion, aux côtés des dirigeants des régions séparatistes d’Ukraine de Donetsk et Lougansk (est), et de celles occupées par les troupes russes de Zaporijjia et de Kherson (sud).

Dans son discours, il a appelé Kiev à cesser « toutes les hostilités et à revenir à la table des négociations », malgré les récents revers infligés à l’armée russe par les forces ukrainiennes, auxquels s’ajoute depuis vendredi l’encerclement partiel de la ville stratégique de Lyman (est) par les Ukrainiens.

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Les soldats russes à Lyman, un important noeud ferroviaire, combattent « à bout de force » et la situation y est « difficile », a reconnu vendredi un haut responsable séparatiste prorusse, Denis Pouchiline.

Pour sa part, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est félicité des « résultats significatifs » de la contre-offensive de ses troupes.

« Nous avons des résultats significatifs dans l’Est du pays (…) Tout le monde a entendu ce qui se passe à Lyman, dans la région de Donetsk. Ce sont des étapes qui comptent beaucoup pour nous », s’est-il réjoui dans son allocution quotidienne publiée sur les réseaux sociaux.

Auparavant, il avait rejeté toute négociation avec Moscou tant que Vladimir Poutine sera président, tout en annonçant qu’il allait « signer la candidature de l’Ukraine en vue d’une adhésion accélérée à l’Otan ».

A Washington, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a assuré que son pays et le Canada étaient favorables à cette adhésion.

« Nous soutenons fermement l’entrée dans l’Otan de pays qui souhaitent y adhérer et qui peuvent y apporter leurs capacités », a-t-il déclaré à l’issue d’une entrevue avec la ministre canadienne des Affaires étrangères Mélanie Joly. Mais,  « il existe un processus pour cela et les pays continueront à suivre ce processus ».

Le président américain Joe Biden a juré d’« appuyer les efforts de l’Ukraine pour regagner le contrôle de son territoire » et affirmé que les Etats-Unis et leurs alliés ne se laisseraient pas « intimider » par le président Poutine.

Son conseiller pour la sécurité nationale à la Maison Blanche, Jake Sullivan, a indiqué qu’il y aurait « une annonce la semaine prochaine d’une assistance sécuritaire immédiate » en faveur de l’Ukraine.

Les dirigeants des pays de l’UE ont publié vendredi une déclaration « rejetant » et « condamnant » cette « annexion illégale ».

La Turquie « rejette » cette annexion comme elle a refusé de reconnaître l’annexion de la Crimée, a pour sa part indiqué samedi le ministère des affaires étrangères.

L’Otan a dénoncé une annexion « illégitime », tandis qu’à New York le Conseil de sécurité de l’ONU a examiné une résolution condamnant les « pseudo-annexions » en Ukraine, qui a immédiatement été bloquée par un veto de la Russie.

En dehors du veto russe, la résolution a recueilli 10 voix en sa faveur et quatre pays se sont abstenus (la Chine, l’Inde, le Brésil et le Gabon).

Dans son discours au Kremlin, Poutine a fustigé l’Occident, qu’il a accusé de vouloir préserver un « système néocolonial qui lui permet de parasiter et, en réalité, de piller le monde entier ».

Ces annexions interviennent après sept mois d’offensive russe en Ukraine et des « référendums » organisés en urgence dans les régions occupées, qui ont été dénoncés comme des « simulacres » par Kiev et ses alliés.

Signe de cette précipitation et d’une certaine désorganisation, le porte-parole du Kremlin a annoncé devoir « clarifier » si la Russie annexait la totalité des régions ukrainiennes de Kherson et de Zaporijjia, ou uniquement les parties qu’elle occupe effectivement.

Balayant les critiques, Poutine a assuré qu’il « n’aspirait pas » à restaurer l’URSS. Il a également signé un décret facilitant l’accès à la nationalité russe pour les étrangers s’engageant dans l’armée, une mesure destinée visiblement à recruter des migrants venus d’ex-URSS travaillant en Russie.