Accueilli en superstar à l’ouverture de la 32e session du Conseil national du PAM, le ministre délégué chargé du Budget est officiellement membre de la direction du parti du Tracteur, aux côtés de Yanja El Khattat, président de la région de Dakhla-Oued Eddahab, qui claque la porte du parti de l’Istiqlal.
Pour le moment, le président de la FRMF rejoint donc la liste des hommes et des femmes forts du PAM, même si sa candidature dans la circonscription de Berkane n’a pas été confirmée. D’ailleurs, outre Berkane, le parti n’a pas encore tranché au sujet de la circonscription de Driouch, près de Nador.
Akhannouch et le mercato
Ce même samedi 25 juillet, Aziz Akhannouch, après s’être éclipsé des activités du Rassemblement national des indépendants (RNI), a repris du service pour de bon, en enchaînant un véritable marathon dans le Sahara, avec des rencontres à Dakhla, Laâyoune et Tan-Tan.
Au chef-lieu de la région de Dakhla-Oued Eddahab, l’ancien (et toujours véritable) président du RNI a presque explicitement commenté le ralliement de Fouzi Lekjaa au PAM.
“La force d’un parti ne se réduit pas uniquement aux noms et aux dirigeants, mais vaut par son capital humain et organisationnel”, a déclaré Aziz Akhannouch devant les militants de son parti, ajoutant que “les échéances électorales ne se préparent pas lors des dernières semaines, mais doivent faire l’objet d’un travail de terrain régulier, basé sur l’encadrement et l’écoute des citoyens afin de répondre à leurs aspirations”.
Avant d’enfoncer le clou en puisant dans le jargon footballistique, qui ne doit nullement être étranger au néo-Pamiste Fouzi Lekjaa.
“Nous ne sommes pas dans un mercato électoral et li 3andou 3andou (Celui qui est capable est capable, NDLR)”, a ironisé Aziz Akhannouch.
C’est ensuite au tour de Rachid Talbi Alami, membre de la direction et président de la Chambre des représentants, d’ajouter son grain de sel.
“L’action politique obéit à de stricts critères et ne peut être menée au hasard ou selon la logique de la loi de la jungle”, a-t-il affirmé lors du même meeting à Dakhla, où il a également critiqué le recours au “show” et au “buzz”, en allusion à la manière dont Fouzi Lekjaa a été accueilli lors du Conseil national du PAM.
Plus direct encore, Mohammed Aujjar, autre membre de la direction du RNI et ancien ministre des Droits de l’homme, a déclaré : “Nous sommes un peuple qui aime le football et nous sommes fiers des performances de notre équipe nationale, mais la politique et la démocratie ne sont pas le football”.
Le dirigeant du RNI a également appelé à ne pas “mépriser l’intelligence des Marocains”.
Benkirane et la dignité du peuple marocain
L’une des critiques les plus véhémentes formulées contre le ralliement de Fouzi Lekjaa au PAM est venue d’Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD, opposition).
S’exprimant samedi 25 juillet, lors de la réunion hebdomadaire de la direction de son parti, il a estimé qu’“ il n’est pas logique du tout de parler de futures élections dont le résultat serait connu d’avance ”.
“Ce projet vise à en finir avec la dignité du peuple marocain”, a-t-il ajouté, appelant les Marocains à assumer leurs responsabilités devant Dieu en premier lieu, puis devant la loi.
Abdelilah Benkirane propose une autre lecture, qu’il met en relation avec la situation de son parti, qui prend l’eau de toutes parts depuis la gifle électorale du 8 septembre 2021.
Il estime que l’arrivée de Fouzi Lekjaa sur la scène politique vise à contrer le PJD.
“Ces mouvements qui surviennent dans la vie politique arrivent à un moment où le PJD retrouve sa vigueur, où les citoyens affluent massivement à ses rencontres et où il se remet, sans conteste, au-devant de la scène politique”, détaille l’ancien chef du gouvernement.
Hassan Hamoro, membre du Conseil national du PJD, tempère cependant et appelle à ne pas trop prêter à Fouzi Lekjaa.
“Malgré sa présence dans les cercles du pouvoir administratif et sportif, celui du football en particulier, il reste incapable de provoquer à lui seul un séisme dans la vie politique. Son ralliement à un parti ne peut pas déboucher sur un séisme électoral. En fin de compte, la politique ne peut pas être influencée par le volume du bruit qui précède l’événement, mais par son effet final. Pour le moment, cet événement n’a laissé que du bruit, beaucoup de photos et très peu de politique”, estime le jeune idéologue du PJD.
Un silence assourdissant
Au moment du “sacre” de Fouzi Lekjaa à Salé et de la sortie en colère d’Aziz Akhannouch à Dakhla, Driss Lachguar se trouvait en meeting à Guelmim.
Le premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) n’a pas prononcé un seul mot au sujet du ralliement du ministre chargé du Budget au PAM. Dans la presse de son parti, parue ce lundi 27 juillet, pas une seule ligne n’est consacrée au même sujet.
“Par précaution, comme d’habitude, car on ne sait pas de quoi demain sera fait, la direction de l’USFP préfère regarder ailleurs face à ce genre d’événements”, commente un jeune dirigeant du parti de la Rose.
La même attitude est adoptée par le Parti de l’Istiqlal, qui n’a formulé aucune position officielle pour le moment.
Mais on en a une certaine idée lorsqu’on revient, par exemple, à de précédentes déclarations de Ryad Mezzour, membre de la direction et ministre de l’Industrie et du Commerce.
Dans de précédentes déclarations, il avait estimé que l’arrivée en politique de Fouzi Lekjaa était “ un indicateur positif ”.
“Cela reflète la volonté d’une compétence technocratique nationale d’intégrer le champ politique pour convaincre les citoyens”, avait déclaré le ministre sur les ondes d’Al Aoula, le 2 juillet, lors de sa participation à l’émission de débat Lilhadithi baqiya.
Au PI, on digère difficilement l’offensive du PAM, qui s’est mis à débaucher à gauche et à droite, notamment dans les rangs des figures de proue de l’Istiqlal et du RNI.
La dernière prise de guerre n’est autre que Yanja El Khattat, président de la région de Dakhla-Oued Eddahab, élu sous les couleurs du parti de Nizar Baraka.
Au PPS, il n’y a pas encore de position tranchée et le bureau politique pourrait en débattre lors de sa réunion hebdomadaire prévue ce mardi 28 juillet.
Cependant, un membre de la direction a accepté de nous livrer le sentiment général qui règne au sein du parti.“Dans l’absolu, nous estimons qu’il est du droit de chaque Marocain de rallier le parti qu’il choisit, mais c’est l’emballage qui dérange”, affirme notre interlocuteur.
“Lorsqu’on laisse entendre que Fouzi Lekjaa sera le futur chef du gouvernement, on incite les Marocains à boycotter les urnes puisque tout semble joué d’avance. Ce n’est bon ni pour le Maroc ni pour la démocratie”, conclut notre source.
