Tinder, Bumble ou encore Happn : autant d’applications qui se sont imposées dans le paysage des rencontres au Maroc. Mais comment se présente-t-on en ligne ? Et qu’attend-on réellement de ces rencontres ? L’artiste et écrivaine Chedine Tazi explore ces questions dans son recueil de nouvelles, Hoobi. À travers des personnages hauts en couleur, inspirés à la fois de son vécu et de témoignages recueillis, elle met en scène les promesses comme les limites des applications de rencontre. Dans son entretien avec TelQuel, elle revient sur l’inspiration derrière Hoobi et sur les codes spécifiques qui régissent ces plateformes au Maroc.
TelQuel : Comment vous est venue l’idée d’utiliser une application de rencontre fictive, Hoobi, comme fil conducteur de vos nouvelles ?
Chedine Tazi : Quand j’ai écrit ma première nouvelle, Expatologie, l’application de rencontre, c’était surtout un prétexte pour que la protagoniste rencontre d’autres personnages qui ne se seraient pas rencontrés autrement. Ensuite, je me suis naturellement mise à écrire d’autres nouvelles sur la même thématique, et au bout d’un moment je me suis dit: là je tiens quelque chose.
“Pour moi les applications de rencontre, c’est un outil qui est ancré dans la société. Ne pas en parler dans un livre, c’est comme si on avait un film aujourd’hui où les gens n’étaient pas au téléphone”
D’ailleurs, je trouvais que c’était surprenant qu’il n’y ait pas plus d’histoires qui parlent d’applications de rencontre. Pour moi, c’est un outil qui est ancré dans la société. Ne pas en parler dans un livre, c’est comme si on avait un film aujourd’hui où les gens n’étaient pas au téléphone.
Et qu’est-ce que les applications de rencontre offrent comme possibilités d’écriture et de narration ?
L’application de rencontre, c’est un terreau très, très fertile pour la création littéraire. Il y a quatre temps dont j’aime bien parler. D’abord, la création de son profil. Comment se raconter ? Que dire de soi ? Que dissimuler ? Ensuite, il y a le swiping que j’ai essayé de retranscrire à travers mes nouvelles. On swipe d’histoire en histoire, on se projette, on voit le profil de quelqu’un d’autre, on imagine sa vie. Ensuite, il y a le temps du chat. On a matché (ndlr : lorsque deux utilisateurs se sont mutuellement « likés », rendant possible l’échange de messages), on s’est parlé. Et donc, là encore une fois, il y a plein de possibilités littéraires au niveau des conversations.
Finalement, il y a la rencontre, où il faut passer de la vulnérabilité de l’écrit à celle de se découvrir pour la première fois. On se cherche. On se reconnaît. On commence à se jauger, à essayer de se souvenir de la chimie qu’on a eue en ligne. T’as tout un environnement qui joue sur toi, ta conscience de toi, ta physicalité, tous ces éléments qui entrent en jeu et qui, je pense, pourraient me permettre d’écrire Hoobi 2 ou 3.
