Conférence de presse de Deschamps : la presse marocaine reléguée sur le banc à Boston

À la veille du choc France-Maroc, une conférence de presse a viré à l'algarade. Retour sur une scène qui a mis à cran la salle de conférence du Gillette Stadium.

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À la veille du quart de finale entre le Maroc et la France, prévu ce jeudi 9 juillet à Boston pour le compte de la Coupe du monde 2026, la conférence de presse d’avant-match, censée être un simple exercice protocolaire, a viré à la confrontation. Face à une salle archicomble, Didier Deschamps, sélectionneur des Bleus, a consacré l’essentiel de son temps de parole aux journalistes français, reléguant la délégation marocaine à la portion congrue.

D’après plusieurs témoignages recueillis sur place, seuls deux journalistes marocains ont pu obtenir la parole, et pour des réponses jugées courtes et laconiques. Une répartition du temps de parole d’autant plus mal vécue que la rencontre s’annonce, sur le terrain, comme l’une des affiches les plus attendues de ce tour à élimination directe.

La tension est montée d’un cran au moment où Didier Deschamps s’apprêtait à quitter la salle. « Vous donnez la parole aux Français alors que nous, les Marocains, on a eu droit à deux questions, et pourtant c’est une conférence FIFA », a lancé un journaliste marocain de la délégation, retenant de fait le sélectionneur français sur son départ.

Deschamps rattrapé au vol

Interpellé, Didier Deschamps a fini par reprendre sa place, non sans justifier son empressement initial. « Je suis désolé, j’ai aussi un peu de route pour rentrer et j’ai un déjeuner de prévu avec mes joueurs, et puis un entraînement », a-t-il expliqué. Une réponse qui n’a pas suffi à apaiser une salle où l’agacement était palpable.

Un autre journaliste marocain a immédiatement enfoncé le clou, dénonçant une gestion de la parole jugée déséquilibrée depuis le début de l’exercice. « Depuis tout à l’heure on lève la main, et personne ne nous a donné la parole », s’est-il insurgé, pointant du doigt l’attitude du service de presse de la Fédération française de football (FFF), en charge de la distribution des questions, alors même que le format FIFA impose, en théorie, une parité de traitement entre les délégations de presse des deux équipes qualifiées.

Le spectre du penalty de 2022

Parmi les rares journalistes marocains à avoir obtenu la parole, Ahmed Talal a choisi d’aborder un sujet sensible : l’arbitrage. Le journaliste est revenu sur le penalty non sifflé en faveur de Sofiane Boufal lors de la demi-finale de la Coupe du monde 2022 au Qatar, remportée par la France, et a interrogé Didier Deschamps sur l’éventualité d’un arbitrage à nouveau favorable aux Bleus.

Cette décision arbitrale avait alimenté une vive polémique côté marocain, dans un contexte où l’équipe de France se dit elle-même lésée par certains choix arbitraux, notamment lors de son huitième de finale disputé face au Paraguay.

Sur ce terrain glissant, le sélectionneur français a opté pour la prudence diplomatique. « Dans tous les matchs il y a des situations qui peuvent amener à discussion, cela dépend de quel côté on est », a-t-il d’abord botté en touche. Relancé par le journaliste marocain : « Vous ne pensez pas que c’était un pénalty ? », Didier Deschamps a précisé sa position : « Je ne le pense pas, l’arbitre ne l’a pas pensé non plus. Ça peut se siffler, comme non, mais on ne peut pas revenir en arrière, et j’espère que demain il y aura moins d’erreurs possibles ».

Au-delà de la polémique, le sélectionneur des Bleus s’est également attardé sur l’aspect strictement sportif de la rencontre, évoquant un Maroc « différent » du Paraguay, doté d’une vraie maîtrise du ballon et d’une expérience certaine dans les grands rendez-vous. Il a par ailleurs assuré que Kylian Mbappé, capitaine des Bleus, se trouvait dans de bonnes dispositions physiques et mentales à la veille de ce quart de finale à hauts risques.

Reste que l’image retenue de cette conférence ne sera pas celle d’un simple point tactique. À près de 24 heures d’un match à fort enjeu symbolique, la gestion de la parole journalistique a rappelé, une fois de plus, que le terrain médiatique peut, lui aussi, se jouer en position défavorable.